Top 10 des chansons au fromage

Une amie m’a suggéré ce thème improbable, comme un défi amusé. Assisté par mes fidèles compagnons Google le Prospecteur, Grooveshark l’Accommodant, Discogs le Savant et le bien-nommé N’A-Servi-A-Rien-Dans-L’Elaboration-De-Ce-Top, je me suis attelé à la tâche. Une sélection royale with cheese.

  • 1er : NIRVANA – Big Cheese (Bleach, 1989, Sub Pop)

Est-il encore besoin de présenter Nirvana ? Ou d’ajouter quelque chose aux tombereaux d’écrits ayant déjà pris le trio d’Aberdeen comme sujet ? Je ne crois pas ; en tout cas, là, j’ai pas envie. Alors, parlons d’autre chose … Vous avez vu à quel point depuis 1994 la notion de rébellion et de contre-culture s’est diluée ? Depuis vingt piges, du spectaculaire et du vide, du téléchargé, du télé-réalisé, du sponsorisé, du rétroïdé, du boboïsé, hipsterisé, gogolisé ; pas grand-chose de novateur, d’utopique, d’exaltant, de surprenant, de prenant. Tout a déjà été géré et digéré par les réseaux.

A moins que je ne doive faire mien cet adage voulant que toutes les générations, quelles qu’elles soient, ont l’impression d’arriver après la bataille ? Une impression fausse, mais qui dédouane de ne pas garder au fond de soi des phares et des illusions qui s’accomplissent d’eux-mêmes. Il ne faut pas surestimer le passé, ni l’idéaliser. Ce n’était pas mieux avant.

Bref, une nasse dans laquelle il s’agit de se diriger à l’aveuglette. Est-ce que ça vaut la peine d’en faire un (gros) fromage ? Je ne sais pas. Nous verrons bien.

Finalement j’aurais peut-être mieux fait de parler de Nirvana, même si, de fait, je n’ai parlé que d’eux. Smells like Nirvana.

  • 2e : THE RUTLES – Cheese and Onions (The Rutles, 1978, Warner Bros.)

A tous ceux qui respectent Oasis (si ça existe encore), je leur conseillerais de jeter une oreille sur le morceau de Neil Innes « How Sweet to Be an Idiot » (un intitulé qui sied parfaitement aux Gallagher, surtout Liam, mais ce n’est pas le débat), qui sera plagiée de façon éhontée par les frérots Gallagher sur « Whatever » (chanson qui servira plus tard à vendre des crédits revolving, mais ce n’est toujours pas le sujet). Sachant que Neil Innes est l’éminence grise des Rutles, groupe parodique des Beatles[1], c’est bien là la preuve que : 1/ Oasis sont des putains d’imposteurs rétro-rock, 2/ Les Rutles ont élevé le pastiche à un niveau artistique très acceptable.

The Rutles étaient tellement bons dans le registre beatlesien que leur « Cheese and Onions » a réussi à se frayer un passage dans certaines compilations 70s dédiées aux Fab Four. Fort. En même temps, quand on écoute « Cheese and Onions », difficile de ne pas songer à John Lennon, aussi bien au niveau de la voix que, eh oui, du niveau musical.

Un génie du calque qui froissera tellement les ayant-droits des Beatles (pas encore Michael Jackson à l’époque) qu’ils iront jusqu’à attaquer Innes pour plagiat, ce qui aboutira, une fois le procès perdus par les Rutles, à des crédits de pochettes estampillés Lennon/McCartney/Innes. Conclusion tout en humour de Innes : « Oui, des bons gars, Paul et John, très facile de travailler avec eux. » Si le vrai peut-être un moment du faux, le faux peut aussi être un moment du vrai, et aussi vrai que le vrai. Ainsi en est-il des Rutles.

  • 3e : ADD N TO (X) – Hit for Cheese (Add Insult to Injury, 2000, Mute)

Faire du punk avec des vieilles machines, telle était l’ambition d’Add N To (X), trio arty londonien au nom petit-malin. Sur « Hit for Cheese », leur formule électroclash se distord comme suit : une grosse louche de « Planet of Sound », mélangée à du métal ouaté et saupoudrée, ça et là, de copeaux de bizarreries électroniques. Du Chrome en à peine plus carré, du post-indus à l’A(cide)DN déjanté qui grince et cravache.

Un hit pour du fromage ? Mouais, ça m’étonnerait … Je pense plutôt qu’ils visaient la part du gâteau (au fromage ?). Malgré la séparation, la suite au prochain tom(m)e ?

  • 4e : Neil VOSS – Cheddar Funk (Tetrisphere Soundtrack)

Amis gamers, ne sentez-vous pas soudain flotter dans l’air comme un doux parfum de madeleine proustienne, les ondulations chaloupées d’un hédonisme 16-bits ?

Sortie en 1997, la bande-son de Tetrisphere fut acclamée pour sa qualité, une gageure quand on connaît le cultissime degré qu’a atteint la musique originelle de Tetris.

De la funk fondue dans le creuset vidéoludique, une réussie inattendue où on se fiche de retrouver son bout de pain ; on avale toute la marmite.

  • 5e : GANG OF FOUR – Cheeseburger (Solid Gold, 1981, EMI/Warner Bros.)

Gang of Four joue dans la même catégorie que Talking Heads, en moins connu. Du post-punk d’école d’art mêlé à une funk de visage pâle, un groove sec et  saccadé qui a inspiré trouzmille combos, depuis les garages paumés (mais bien outillés au niveau des écoutilles) jusqu’aux plus célèbres Franz Ferdinand, Fugazi, Bloc Party et Red Hot Chili Peppers. Gang of Four, le Velvet Underground du post-punk ?

De Gang of Four, on ne retient souvent que leur premier opus, Entertainment !. Pas de bol, « Cheeseburger » vient du deuxième album des marxistes de Leeds ; le dernier vraiment valable. Critique acerbe de la pensée de l’Amerloque (très) moyen, « Cheeseburger » n’est certes pas le meilleur titre de Gang of Four (« Damaged Goods » est loin au-dessus) mais cette plongée fast-foodienne lorgne bien plus du côté du resto étoilé que du burger rance de chez Quick.

  • 6e : THE RESIDENTS – Krafty Cheese (Duck Stab!/Buster & Glen, 1978, Ralph Records)

Ils sont tellement à part, tellement mystérieux, tellement prolifiques, les Residents, qu’ils en deviennent vachement pratiques lorsqu’il s’agit de faire des Tops, lorsqu’on peut picorer, comme ça, un titre dans leur discographie touffue (48 albums studio, sans compter tout le reste, les lives, compilations, DVD, CD-Rom, singles, EP, etc.).

« Krafty Cheese » est comme une chanson joyeuse pervertie, vérolée par un bain prolongé dans un acide démoniaque. L’affaire vire au chamanisme de Maldoror, dans lequel les danseuses sont des clones de cette femme nue et putréfiée que Jack trouve dans la salle de bains de l’hôtel Overlook.

Plût au ciel que l’auditeur, enhardi et devenu momentanément féroce comme ce qu’il écoute, trouve, sans se désorienter, son chemin abrupt et sauvage, à travers les marécages désolés de ces mélodies sombres et pleines de poison … Non non, je n’ai pas du tout l’impression d’avoir déjà lu ça quelque part.

  • 7e : MF DOOM – Kon Queso (MM.. Food, 2004, Rhymesayers Entertainment)

De MF Doom, je ne sais vraiment pas grand-chose. C’est un rappeur dit underground ; il a bossé avec Gorillaz (« November Has Come »), comme à peu près la moitié du monde connu ; il porte en permanence un masque inspiré de Docteur Fatalis. Ça s’arrête là. C’est pas bézef, je sais.

Est-ce handicapant pour apprécier ce morceau, ce fromage à trous ? Non, pas du tout. Sur une instru rapide flirtant avec le monotone, le vengeur masqué plaque un flow parlant autant du fromage comme aliment que comme pognon (dans son acception argotique anglophone). Pas un incunable, mais un morceau plutôt pas mal, écoutable, même s’il manque de variations.

  • 8e : Rubin STEINER – Improvisation Fromage (?????, ?????, ?????)

Impossible de savoir vraiment d’où vient ce morceau. Ni s’il est réellement l’œuvre de Rubin Steiner, artiste électro français et directeur du Temps Machine (salle de concerts « expérimentale », à Joué-les-Tours). On ne le trouve que sur Grooveshark, sous l’égide d’un album censé regrouper des pistes jamais sorties, album dont il n’est fait nulle mention ailleurs. Ni sur Discogs, ni sur Wikipedia, ni sur le site de Rubin Steiner lui-même. Un message envoyé sur le compte de Rubin Steiner est resté sans réponse. Mystère et boule de gomme.

En tout cas, d’où quelle vienne, « Improvisation Fromage » est une piste qui se laisse suivre tranquillement. C’est une sorte d’interlude de deux minutes qui vient trouver le point équidistant entre musique d’attente et instrumental funky soft. Une manière de s’alléger l’estomac après un buffet campagnard musical à volonté, fromage et dessert.

EDIT (20/07/2014) : J’ai finalement obtenu une réponse de Rubin Steiner (merci beaucoup à lui) à mes interrogations concernant cette « Improvisation Fromage ». Je vous livre ladite réponse in extenso : « Oui oui c’est un morceau de moi. Il y a quelques années, j’ai mis en ligne une cinquantaine de titres inédits en téléchargement libre. Ce titre-là n’est nulle part, sauf que, quand même, je l’ai utilisé pour l’album que j’ai fait avec Ira Lee [NDLA : We Are the Future, sorti en 2011]. Il existe donc une version chantée [NDLA : « Taco Truck on Route 73 »]. »

  • 9e : PODINGTON BEAR – Gruyere (Homage Fromage, 2009, Hush Records)

D’ordinaire, les ours, de Winnie l’ourson au grizzly enragé, sont attirés par le miel. Peut-il en être de même pour le fromage ? Sortant de sa tanière de Portland, Podington Bear tente le coup.

Sur l’album Homage Fromage, Chad Crouch donne aux douze  titres de ses instrumentaux électroacoustiques des noms de fromages (gruyère, féta, bleu) ou d’artistes (Björk, Thom Yorke, Lily Allen, Massive Attack, etc.).

« Gruyère » est un instrumental optimiste, tranquille, bienfaisant. On ne saisit pas trop le rapport avec les produits laitiers, trouvant bien plus d’affinités avec le rayon un rayonnage imaginaire « relaxation électro-pop » dans un magasin fusionnant la Fnac et Nature & Découverte. Utile pour les jours de grand stress ; pas vraiment transcendant au-delà de cet objectif utilitaire.

  • 10e : ANTI-CHEESE ALLIANCE – Cheese to the Max Mix (Atomic Cheese (maxi), 1999, Perce-Oreille) 

Je vais être honnête avec vous : celui-là, je ne l’ai mis que parce qu’il m’en fallait un dixième afin de compléter ce top. Oui, ce morceau techno-friendly est simpliste, et pas tellement brillant. Oui, Jankenpopp fait cent fois mieux même avec les deux bras dans le plâtre. Oui, par moments, on dirait de l’eurodance dégueulée par un apprenti platiniste (c’est comme ça que l’Académie Française veut qu’on dise, c’est pas ma faute …) complètement pété à la Fête de la Mouisique.

Oui, à force d’écouter ce morceau en boucle pour savoir quoi en dire, l’espèce de mélodie moqueuse (et fatigante) qui y traîne a failli me forer le crâne. Non, je n’aime pas vraiment ce morceau. Non, je n’aime pas du tout le fromage (et c’est vrai). Non, je ne sais pas où ce paragraphe va se finir. Oui, ce que je dis n’a plus aucun sens et ne va nulle part. Oui, il vaut mieux que je m’arrête là.

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[1] Si vous n’avez jamais vu le film hilarant All You Need Is Cash, allez-y, courez-le voir, je vous autorise à laisser cet article pour une heure ou deux, histoire que vous alliez vous payer de bonnes tranches de rire devant les irrésistibles pitreries et pastiches des Rutles.

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