DIE ANTWOORD – Fatty Boom Boom (2012)

Il en est de Die Antwoord comme de Sigue Sigue Sputnik : des marginaux trop foutraques et rentre-dedans pour les esthètes, trop radicaux et perchés pour les gentilles masses mainstream. Avec la touche rebelle extra-Occident, puisqu’ils sont Sud-Africains (comme DJ Mujawa et son « Township Funk »), mais tout en intégrant parfaitement les codes des charts, assimilés à un paroxysme tel qu’ils en sont ridiculisés.

« Fatty Boom Boom » est un grand fatras fait de dance post-Prodigy et de gangsta hip-hop alternatif. Le piège zef[1] se referme, ourdi par des deux freaks en chef, Ninja et Yo-Landi Vi$$er. Surtout elle, qui fascine. Gourgandine afrikaner à la peau diaphane et à la coiffe blonde de teckel gabber[2], cette poupée punk est une attraction freak, métempsycose de mante religieuse, décharnée, instable, insatiable ; son visage aux contours d’ange banni et sa voix de cartoon sous hélium fournissent le saccharose nécessaire à adoucir le stream sale de ce gangsta hip-hop-dance malsain.

« Fatty Boom Boom » est une attaque on-ne-peut plus frontale contre Lady Gaga, qui leur avait proposé de faire sa première partie. Aussi invraisemblable que Jimi Hendrix faisant la première partie de Johnny Hallyday[3]. Ou Radiohead ouvrant pour Alanis Morrisette[4].

Cela dit, impossible de comparer Die Antwoord à Hendrix ou Radiohead ; ils n’en ont pas la carrure ni l’aura. Die Antwoord n’est en aucun cas la réponse. Leur outrance techno-rap un brin balourde s’avère aussi réjouissante à petite dose que fatigante sur le long terme. Mais cette fois, rien que pour ce clip où Lady Gaga se fait, entre autres, bouffer par un lion, on passera outre.

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[1] Le zef est une mouvance contre-culturelle sud-africaine, ancrée parmi les white trash, qui détourne les biens de consommation ostentatoires (ringards si possible) des classes aisées afin d’auto-décréter leur appartenance à cette dite classe. Plus d’infos ici.

[2] La rumeur veut que l’étrange coupe de cheveux du personnage de Lisbeth Salander dans Millénium : Les Hommes qui n’aimaient pas les femmes (film de David Fincher adaptant le roman de Stieg Larsson) soit directement inspirée de celle de la frange platine de Yo-Landi ; certains disent même que Fincher aurait proposé à Yo-Landi elle-même d’incarner le rôle, mais Fincher a depuis infirmé ces échos.

[3] Et pourtant c’est arrivé, en octobre 1966, pour quatre dates : Evreux, Nancy, Villerupt et l’Olympia.

[4] Anecdote vraie également : Radiohead a fait la première partie d’Alanis Morrisette en août 1996 (soit après The Bends !)

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