Sous haute prétention (à propos de CHRISTINE AND THE QUEENS)

Aux chanceux qui ignoreraient qui est (ou qui sont, on en reparlera plus loin) cette Christine & The Queens pour qui sonnent en ce moment les trompettes de la renommée, faisons un bref récap de son CV.  Héloïse Letissier, 26 ans, née à Nantes, ancienne élève de l’Ecole Normale Sup de Lyon. A fait les premières parties de Lily Wood and the Prick, Stromae, The Dø, Woodkid. On voit le positionnement : inoffensif, lisse, sage, bien rangé. Mignonne, mais sans plus ; intelligente, mais sans faire bouger les lignes. L’élève modèle, belle-fille idéale, modeste, bien mise, sérieuse. Chiant.

Ajoutez-y une électro-pop pâlotte, molle à en faire bâiller un escargot de Bourgogne et voilà, vous aurez le profil de ce qui fait frétiller les quarterons confort-mistes urbains et post-branchés, qu’on pourrait appeler bobos si le terme n’avait pas déjà été usé mille et mille fois (et s’il ne rappelait pas, aussi, de sales souvenirs chihuahuaesques circa la canicule de 2003, TMTC). Du post-dépressif pour étudiants en arts et trentenaires ou quadras avides de componction culturelle à ouïr distraitement lors des dîners entre couples. France Moisir, bienvenue au club. Luxe, calme et nullité.

Christine va bien.

Aââârtiste (avec un grand A comme le château de Aaaaarrrrrrggghhh) pour Inrocks et Télérama qui se retrouvent une nouvelle fois à confondre l’or et l’à-peine pyrite (le syndrome Carla Bruni), cette néo-Camille correspond à un créneau musical qui me crispe et m’énerve, celui des artistes féminines qui se la joue inspirées, du conceptuel pour masquer un certain vide. Je me souviens que être tombé sur elle à Ce Soir ou Jamais ; j’avais failli m’étrangler de rire devant sa prestation mêlant musique à la London Grammar et danse contemporaine (comptant-pour-rien). Ne croyez pas qu’elle soit la seule représentante de cette catégorie mêlant intellectualisme factice, transparence charismatique et musique prétenchieuse ; les exemples abondent : Camille, London Grammar, Ariane Moffat, Björk depuis 2000.

Leur recherche nombriliste du détail artisto-chic m’irrite au plus haut point. Regardez une des prestations de Cri-Cri and Ze Couine : c’est maniéré, assez narcissique arty, avec sa danse « oh là là, ma chanson me transporte tellement que je suis obligé de danser par dessus histoire que si vous n’avez pas compris à quel point elle est inspirante, là vous le voyez là, et là vous le voyez ? etc. ». Tout aussi insignifiante soit-elle, une chanteuse du même rayonnage musical comme La Grande Sophie a ce mérite de ne pas sombrer dans le travers susmentionné.

Cette scénographie hypertrophiée fait partie intégrante de son « personnage » ; je ne crois pas que ses chansons seules auraient suffi[1], il faut son petit perso d’illuminée en contact direct avec l’Aââârt pour que cela fonctionne. C’est comme prendre un nom de groupe alors qu’elle est toute seule : un groupe regroupe plusieurs personnes, aussi se recouvrir d’un avatar collectif en tant qu’artiste solo, c’est induire une schizophrénie artistique, une multiplicité des sources d’inspiration, et sous-tendre une créativité et qualité augmentées dans l’esprit du public[2]. Pffff …

Être inspiré, oui, mais c’est à la musique de l’instiller ; nul besoin d’en faire des caisses, de multiplier les poses pour le montrer à tout bout de champ. Ca va, on a compris … Surtout que cette « inspiration » n’est qu’une mise en abîme incroyable car Christine & The Queens, comme ses collègues à l’élégance factice chéries des blogueuses mode, finissent par n’incarner rien d’autre que ces simagrées d’inspiration démonstrative, leur propre personnage contraint à l’autocaricature, le reste – l’essentiel – étant d’une évanescence frisant le translucide.

Si le vertige est bien cette désagréable sensation que l’on éprouve face au vide, alors oui, Christine & The Queens est une artiste vertigineuse.

« N’y a-t-il que dans les crématoriums qu’il y a de la chaleur humaine ? » s’interrogeait Fuzati. Je n’ai pas la réponse mais je foutrais bien l’album de Christine and blablabla au feu.

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[1] A la différence d’un Morrissey au cœur des Smiths, qui, s’il s’adonnait lui aussi à des danses étranges (et un peu ridicules) sur scène, ne faisait pas de ces entrechats vaporeux un enjeu déterminant dans la préhension de son œuvre. Et puis une seule chanson des Smiths, n’importe laquelle, vaut tout le répertoire passé, présent et à venir de Christine and the Queens.

[2] Rien à voir avec un Jackson (and His Computer Band), dont le nom de groupe fictif sert à souligner sa solitude et sa complémentarité asymétrique vis-à-vis des machines et laptops sur lesquels il joue et avec lesquels il compose.

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96 commentaires

  1. La chanson française ? Je suis plutôt consterné que concerné. S.Gainsbourg. Cette phrase claque encore… mais il ne mettait pas tout le monde dans le même panier. CATQ c’est effectivement à chier (c’est d’ailleurs les mots que j’ai tapé sur Googl€ pour arriver jusqu’ici), je suis content de ne pas être le seul à le penser, vu effervescence autour de moi. Merci de me conforter dans ma pensée. Par contre il ne faut pas rester Revival avec la nostalgie du passé, il y a du bon dans chaque génération. j’écoute les Pink Floyd, M. Jackson, M, Julien Doré, Sepultura, Massive Attack, Stromae, Madonna, HF Thiéfaine, Ludwig Von 88 et l’autre, Beethoven, alors il faut juste faire le tri dans mon vomi musical tagadatoinsoin pour retrouver le caviar que chacun cherche. Tous les goûts sont dans la natur(al born killer), et les goûts et les couleurs ça se discute! Laissez tranquille CATQ elle s’éteindra aussi vite qu’elle s’est enflammée… pour éviter son succès il faudrait juste éviter d’en parler. Ah mince je l’ai fait… 😉

  2. Je suppose qu’elle est une vraie artiste capable de mieux, mais ce qui ressort publiquement est en effet fade. Le minimaliste peut être puissant lorsqu’il utilise des effets de modulation affirmée : dissonance, crescendo, rythme irrégulier, mélange acoustique-électronique. Mais la seule répétition d’une séquence descendante électronique minimaliste et voix légère filtrée numériquement, on cherche la magie en effet.

  3. Que cet article me fait rire, écrit par un pseudo intellectuel qui se la joue en écrivant des phrases tordues et en assénant sa certitude du bon goût musical. Combien d’heures passe t’il à décortiquer pour pouvoir se faire jouir en se relisant ? La musique, la chanson, pour moi qui ne suis qu’une simple « écouteuse ressentante », c’est un son, une voix, une émotion. Je me fais autant plaisir en écoutant certains morceaux de CATQ, que SAEZ, ARCHIVE, AC/DC, Patrick Fiori (eh oui), Deep Purple, Brel, et j’en passe. Pas de pseudo intellectualisme, juste du bonheur, selon les jours, les humeurs, le temps

  4. Merci pour cet article! Quel bonheur à lire au milieu d’articles de presse du genre: Christine se livre comme jamais alors que sans m’intéresser à elle je connais tout de sa vie privée tellement elle en fait l’étalage dans les media tout en se disant elle-même réservée. On croit rêver… Fausse modestie pour de la fausse musique. Une arnaque qui ne tiendra pas longtemps. Verdict dans quelques années…
    Les chansons de CATQ sont édulcorées à l’extrême, minimaliste mais dans le mauvais sens du terme. Bref pas très rock’n roll tout ça. On a envie de se boire une tisane pour aller avec. Je préfère de loin contempler un jardin bouddhiste pour me laisser mon esprit divaguer dans le néant… Et pourtant je suis un grand amateur de musique minimaliste.

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