Jay REATARD – Death is Forming (2006)

Quand on demandait à la comédienne italienne Anna Magnani quelles étaient les dix plus belles années de sa vie, elle répondait : « Entre 28 et 30 ans ». Brûler la chandelle par les deux bouts, Jay Reatard l’a fait, aussi. Avec moins de bonheur.

De son vrai nom Jimmy Lindsey, Jay Reatard aura vécu sa vie au-delà de toutes les limitations de vitesse en vigueur. Il fut cinglé, frénétique, revêche, rockeur jusqu’au bout des ongles sales et beautiful loser mort à 29 ans, terrassé par une overdose (coke plus alcool) et par l’exténuement dû à son rythme de dingo. Sa musique est au diapason : urgente, violente, à vif, à fond la caisse.

Jay Reatard est un Cobain garage-punk[1], sans la célébration du village global. Même s’il mange désormais les pisselits par la racine, il n’est jamais trop tard pour le réhabiliter comme l’une des grandes figures du rock de la dernière décennie. Mais attention, pour le caler dans vos oreilles, hein, pas pour le sérigraphier sur des T-shirts vendus à H&M valorisant votre fausse rébellion (le syndrome Nirvana-Ramones), ni pour qu’il aille pourrir dans le Rock’n’Roll Hall of Shame ; il ne l’aurait pas supporté. Il avait le punk-rock en lui, jusque dans ses aspects les plus glauques et les plus vitaux.

L’album Blood Visions propose, en vingt-neuf minutes, quinze chansons effrenées. Quinze météorites supersoniques. Faites le calcul : ça fait même pas deux minutes de moyenne par morceau. Les Ramones peuvent aller se rhabiller. Et le tout joué viscéralement, sans accalmie ni entracte. Ici, on ne fait pas de prisonniers.

Encore plus furieux que le reste de la tracklist, « Death is Forming » est une explosion hargneuse, un sprint inouï et violent qui va ramoner vos conduits auditifs comme jamais. Ça va vite (très vite), ça joue fort (très fort), ça se sort les tripes, sans fioritures. On en deviendrait presque SM : ça fait du bien là où ça fait mal.

Jay Reatard … Jay l’attardé. Ne tardons plus. Jay Jay my my, rock’n’roll can never die ? Avec des hérauts pareils, c’est sûr. Le bruit, l’honneur. Jay Reatard est mort, rock’n’roll is here to stay.

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[1] Le dernier morceau de Jay Reatard publié sera d’ailleurs une reprise de Nirvana, « Frances Farmer Will Have Her Revenge on Seattle ».

[2] A cet égard, voir cet article.

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