THE SUPREMES – You Keep Me Hangin’ on (1966)

Les Supremes … Les grincheux diront d’elles qu’elles ne sont que l’objet de fascination de critiques adorant dans le passé ce qu’ils détestent dans le présent, à savoir un girl band monté de toutes pièces, vocalisant des chansons pop sucrées et commerciales qu’elles sont incapables d’écrire par elles-mêmes. Popstars au pays de la respectabilité musicale.

Si vous croisez une personne tenant ce genre de discours, fuyez, vite, et ne vous retournez pas. Cet individu est un rabat-joie pédant-pop de niveau 57, spé hater, avec une Epée de Jugement Péremptoire. Il faut au moins ce grade pour rester indifférent à « You Keep Me Hangin’ on », chanson superbe, moins naïve que d’usage chez les Supremes, ourlée d’une groove (cette ligne de guitare qui tinte d’une enceinte à l’autre, ces voix …) amenant cette pop-soul au tempo rapide à voisiner avec une déclinaison adoucie de funk.

D’un seul tenant, les Supremes activent un rouleau compresseur au charme irrésistible[2], tout en décision mais avec cette once suppliante à peine perceptible dans la voix de Diana Ross. Tu m’as aimée, tu m’as quittée, alors laisse-moi tranquille, maintenant.

Alors oui, The Supremes était un groupe commercial, formaté, de simples interprètes et rien d’autre, mais les notions ont bougé entre 1966 et 2014. En 1966, à la Motown, l’industrie favorisait l’émulation, le groove, l’inventivité, la beauté ; leurs chansons sont intemporelles, toujours à la recherche de la mélodie ou de la subtilité d’arrangement qui fera mouche. En 2014, et depuis bien longtemps, les majors de la pop mainstream promeuvent le cynisme, la lourdeur et l’insuffisance musicales, la glorification de la célébrité pour elle-même.

Oui, c’est une conclusion de (jeune) vieux con, mais ça ne l’empêche pas d’avoir sa part de vérité : le mainstream pop actuel est à côté de la plaque, du vomi, à côté de celui, suprême, des années 66-68. Heureusement, il y a Internet, qui permet d’explorer une infinité de thébaïdes pop, de caves rock, de souterrains techno ; heureusement[3], il y a Du Bruit Qui Pense pour modestement tenter de vous les faire (re)découvrir.

Il n’y a jamais eu aussi peu de bonne musique mainstream, mais il n’y a jamais autant eu de bonne musique disponible. Profitez-en.

____________________

[1] Personnellement, je suis au niveau 14, aussi appelé le niveau « snob qui n’aime rien ou que des trucs spéciaux » (si je compile tout ce que j’ai entendu, bien sûr ; c’est possible que je sois quelques niveaux au-dessus).

[2] Comparez avec la cover qu’en a faite Kim Wilde, toute en gimmicks eighties insupportables. C’est comme planter un couteau rouillé dans le dos de la chanson. 

[3] Attention, voici la minute d’autopromotion façon cheveu-sur-la-soupe.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s