THE CLASH – Clampdown (1979)

1979. Le punk est déjà mort, Thatcher arrive au pouvoir et le National Front fait parler (les poings). La révolution réac est en marche. The Clash retrousse ses manches, gauchise ses positions et sort un double album insurrectionnel, London Calling : pochette historique et chansons marquantes à la pelle (la chanson-titre, mais aussi « Rudie Can’t Fail », « Guns of Brixton », « Lost in the Supermarket », « Train in Vain », « Spanish Bombs », etc.).

Avant-dernière piste du premier volet de ce diptyque, « Clampdown », pas le morceau le plus connu de l’album malgré son excellence, propose un rock solide, carré, qu’on peut lire comme une suite incisive et directe du « Pigs » de Pink Floyd. Animals narré façon The Wall ; une dénonciation apostrophant le glissement prolo vers l’extrême-droitisme. Un engagement politique loin du cynisme autodestructeur des zélotes de l’épingle à nourrice. Piochant dans le rock’n’roll, le reggae, le dub et plein d’autres styles, The Clash s’est échappé des impasses nihilistes du punk pur et dur pour incarner (surtout Joe Strummer) une figure fraternelle de la rébellion, des working class heroes égalitaires, profondément éthiques[1], communautaires[2].

Et, au moment où Hollande renie dans les grandes largeurs ses promesses (économiques, sociales, sociétales …), où le FN se présente comme le premier parti de (F)Rance, il est dommage qu’on ne puisse pas compter sur un groupe politique fédérateur de cet ordre, capable d’être une voix rédemptrice (sans pour autant en faire un fond de commerce démagogique) ; que ce soit en France ou dans le monde, personne ne semble se détacher du lot[3].

Quelqu’un pourra-t-il reprendre le flambeau ?

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[1] En se battant pied à pied avec CBS pour conserver un prix de vente de modique de l’album, quitte à s’endetter ou renoncer à une partie de ses royalties ; en refusant que Combat Rock sorte tant qu’était accolée la mention « Home taping is killing music » (le slogan des anti-piratage, oui, dès 1982)

[2] The Clash sera (avec Métal Urbain) une grande source d’inspiration pour les alternos français fin 80s (Béruriers Noirs, Garçons Bouchers, La Souris Déglinguée, etc.), au niveau atittude ; la musique, c’est une autre histoire …

[3] Celle qui s’en approche le plus est M.I.A. (et pas seulement parce qu’elle sample généreusement « Straight to Hell » sur son hit « Paper Planes »). Hélas, qualité musicale mise à part, sa révolte s’acoquine en trop d’occasions au gros business (Super Bowl, featuring avec Madonna et Nicki Minaj, synchros pub, etc.) pour qu’on ne distingue pas les rouages et les évidentes contradictions d’une telle posture.

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