THE KNIFE – Full of Fire (2013)

Ce fut l’autre retour fracassant de 2013, l’autre album à thèses pour la critique musicale. Shake the Habitual, de The Knife. Un duo électronique masqué chantant en anglais mais issu d’un pays non-anglo-saxon, revenant après une longue absence discographique : Daft Punk et The Knife, même combat ?

Pas vraiment. Pas du tout. Où Daft Punk draguait les charts à coup de paillettes, d’invités hollywoodiens et de singles radio-friendly (« Get Lucky », « Instant Crush »), les Suédois prenaient le chemin inverse. Shake the Habitual est un double album touffu, un manifeste foutraque, du punk électronique au format prog. Un drôle de mégalithe rose et vert, aliénant, qui secoue les usages ; soumets-toi ou meurs. Le contenu de cette galette : des morceaux électroniques longs mais accessibles, superbes parfois (« A Tooth for an Eye », « Full of Fire », « Without You My Life Would Be Boring », « Networking », etc.), entre lesquels s’intercalent des interludes drone-ambient imbitables et interminables qui font péter les jauges de l’étrangeté (par moments) sinon de l’ennui[1] (le plus souvent). Oscillant entre expérimentation enthousiasmante et expérimentation soûlante, voilà un album complexe, exigeant, parfois barbant et qui aurait gagné à être condensé, mais artistiquement ambitieux et toujours déroutant. Pour l’écouter en entier, il faut de l’estomac.

Dans la jungle de ce double album[2] radical, le premier single « Full of Fire » obtient sans discussion la médaille d’or du meilleur titre. Si vous n’avez pas le courage d’écouter Shaking the Habitual, écoutez au moins ce morceau. Pendant dix minutes, il étire une rythmique discoïde tribale discordante mais diablement entraînante et entêtante. Le morceau vire bientôt à la transe revendicatrice, les slogans s’accumulent, portés par l’ambiance séditieuse. « Full of Fire », c’est la bande-son d’une manifestation cyberpunk contre la dystopie d’un Monde Meilleur (copyrighté Aldous Huxley), le nôtre. C’est un tube dancefloor déviant pour des révolutions post-apocalyptiques.

Une écoute ne suffira pas. Il en faudra deux, trois, cinq pour apprécier les subtilités, les détails, les variations menaçantes et la force des coups de boutoir assénés par Olof et Karin Dreijer. Et dix, vingt, cent voire plus encore pour savourer cette sauvagerie enfin apprivoisée. Impressionnant. Et définitivement singulier.

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[1] « Old Dreams Waiting to Be Realized » obtient la palme avec ses dix-neuf minutes et deux secondes (oui, à ce stade de l’ennui, ça compte !) de vide sonore sidéral, du drone qui erre dans le vide. Un morceau vide, mais VRAIMENT vide. La quintessence de l’inutilité.

[2] Triple même, dans sa version vinyle.

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