THE RONETTES – Be my Baby (1963)

Avant les Beatles, la meilleure pop était noire et états-unienne. Ecrite et produite par des Blancs certes, mais dans une Amérique où la ségrégation raciale est encore de mise, l’avancée était notable (et aujourd’hui d’ailleurs largement oubliée). Ronettes, Crystals, Shirelles, Shangri-La’s, Supremes : les girls groups abondent, livrant de jolies sucreries R&B[1] et soul, qui viennent fusionner avec la pop. Philles Sound, Stax et Motown sont, à l’époque, « The Sound of Young America » ; « young » sans distinction de couleur. C’est le bourgeonnement du poplitique sixties, Luther King et les Ronettes réunis dans un même combat.

En 1963, année d’« I have a dream », The Ronettes vocalisent un rêve de chanson pop. Une pépite de 2’35 à peine, sortie durant l’été, qui atteindra la 4e place des charts US. Une ritournelle combinant le catchy et le suave, la candeur et l’allant, l’immédiateté pop et la densité mélodique, les gimmicks « stupides » (les wo-wo-wo-wo de Ronnie Bennett[2] ouvrant sur le refrain) et un enrobage orchestral parfait (rythmique, chœurs, cordes). Ça joue sur du velours. Une douceur cajoleuse pour vos conduits auditifs ; une chanson qui vous accompagne et que l’on fredonne partout. On touche à l’idyllique, du sublime à consommer sans attendre et sans modération.

Pas étonnant que cette chanson ait subjugué Brian Wilson (The Beach Boys), qui a avoué l’avoir écouté plus de cent fois en une seule journée pour en percer les harmonies secrètes. Il n’est pas le seul admirateur, car – plus étonnant – les Ramones sont eux de grands fans du groupe[3], tout comme les Rolling Stones (qui feront les premières parties lors de leur tournée britannique en 1964), Hendrix ou Springsteen. Rassembler blancs et noirs dans l’Amérique con(servatrice), popeux, rockeurs et punks avec un groupe pop-soul sentimental : oui, les Ronettes méritent bien leur surnom de « Fabulous ».

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[1] Celui des origines s’entend, rien à voir avec le R&B contemporain, lointain cousin qui ne reprend de son aïeul presqu’uniquement le nom.

[2] Ronette étant la contraction du nom de la chanteuse principale, Ronnie Bennett (RONnie BenNETT) ; les deux autres membres du groupe sont sa sœur Estelle Bennett et sa cousine Nedra Talley.

[3] The Ramones iront jusqu’à reprendre un morceau des Ronettes, « Baby, I Love You », sur l’album End of the Century. Une anecdote veut même que lors de l’enregistrement de cet album, le batteur se fit menacer avec un flingue par Phil Spector parce qu’il portait un T-shirt des Ronettes, Spector prenant l’hommage pour une moquerie et une attaque personnelle (Spector fut marié de 1968 à 1974 avec la chanteuse principale des Ronettes, Ronnie Bennett, à qui il fit d’ailleurs vivre un enfer durant cette période).

 

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