Critique : O Adeus de Fellini (FELLINI, LP, 1985)

Avec la Coupe du Monde dans quinze jours, la Brésil va être au centre des attentions. Sportives ? Sans aucun doute, avec la Coupe du Monde. Politiques ? Peut-être, avec les manifestations contre les inégalités sociales qui se cristallisent précisément contre cette Coupe du Monde. Musicales ? A voir, même si les risques sont grands que ce soit le dindon de la farce ; il n’y a qu’à voir les hymnes du Mondial (argh !) prévus par la FIFA (double argh !). Mais pour moi, le contrat est déjà rempli ; une de mes meilleures découvertes toutes époques confondues de cette année déjà bien entamée est un album paulista, sorti il y a pas loin de trente ans, œuvre du groupe Fellini.

« L’Adieu de Fellini » : un titre d’album amusant pour un premier album. Avec ce clin d’œil à Durutti Column (The Return of Durutti Column, 1980), les Brésiliens de Fellini entendent affirmer, par-delà l’Atlantique, leur filiation avec les groupes post-punk britanniques et américains. Le Brésil sort tout juste tout juste de la dictature militaire (le premier président démocratiquement élu, Tancredo Neves, l’est le 15 mars 1985) et commence à regarder au-delà du futebol, de la samba et des plantations de café. Le « rock europeu » commence à être scruté et suscite des vocations. Mais, au-delà de la volonté de rapprochement, la musique est-elle au rendez-vous de cette volonté ?

Oui, sans hésiter. Le chant en portugais[1] qui pourrait a priori sembler incongru à nos oreilles plus habituées à des idiomes anglais ou français, passe très aisément. C’est fluide, naturel, sans aucune réticence ou résistance, aucun accroc. Il y a une vie pop qui se passe de la lingua franca anglo-saxonne.

Et musicalement, les morceaux viennent titiller ce qui se fait de mieux comme références : l’excellentissime « Rock Europeu » (LA tuerie du disque) paraît être un inédit de Joy Division qui aurait un tantinet trempé  leur noirceur dans un fond de samba chatoyante ; « Historia de Fogo » préfigure les mélodies du meilleur My Bloody Valentine (sans, cependant, les murs de guitares et la reverb noisy) ; « Outro Endereço Outra Vida » et « Bolero 2 » s’élèvent sans difficulté à la hauteur des Talking Heads ; « Shiva ! Shiva ! » ne dépareillerait pas sur Seventeen Seconds de The Cure. Et les chansons plus faibles sont largement écoutables.

Il y a dans chaque titre un groove, une ondulation naturels (l’héritage de la samba et de la bossa ?), qui, couplé à la couleur post-punk des compositions, créé un réjouissant mélange. Un chaud-froid ni tiède ni orageux mais enveloppant et agréablement surprenant. Pas étonnant que Tellier y soit allé puiser l’inspiration pour son dernier album (que j’irai écouter bientôt).

Désormais, musicalement, avec Fellini et Os Mutantes, j’arriverai (et vous, aussi, je le souhaite) à situer le rock brésilien sur une carte. Vraiment ma petite trouvaille anachronique de l’année, pour l’instant. Merci Internet, merci le Brésil, merci Fellini.

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FELLINI – O Adeus de Fellini – 1985 – Baratos Afins

Note : 15/20

Tracklist :

S’il n’en restait que trois : « Rock Europeu », « Historia de Fogo », « Shiva ! Shiva ! »

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[1] Assuré par l’écrivain et journaliste Cadão Volpato

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