Cold plaie (à propos de COLDPLAY)

(Avant-propos : oui, désolé, ce Ministère de l’Economie aurait dû avoir une autre victime, un « Happy » chapeauté, mais je n’ai pas à l’heure actuelle la motivation pour achever ce texte. Peut-être sera-ce l’Arlésienne de ce blog ; j’espère tout de même avoir la foi de le finir et de le publier ici. Wait and see. En attendant, en voilà un autre qui mérite sa dose de critique bave de crapaud : Coldplay.)

Il y a la débilité des débiles, dont on s’esbaudit, à laquelle on accorde prébendes médiatiques et manchettes moqueuses (là où le second degré équivaut au degré zéro) : Nabilla, Miley Cyrus, etc. Et puis il y a la bêtise ordinaire, qui ne choque même plus, qui fait partie du paysage, ingérée, normalisée. La programmation de 95% des radios FM ? Bah c’est normal, ils passent ce que les gens veulent entendre. Les imbécillités du (bas du) Front National ? Si 20% des électeurs votent pour eux, c’est qu’ils doivent avoir un peu raison. Un nouvel album de Coldplay ? Oh bah quoi c’est bien Coldplay …

Non, Coldplay, c’est non. Un niet net et définitif. Quand on les écoute (mais il n’y a pas que pour eux que c’est vrai), on se dit qu’il y a des chansons, des albums qui gagneraient à faire court[1]. Très court. Très très court. Au bout de zéro seconde, à peu près. Un cold play avant même la première note, la première croche, la première anicroche.

Album après album, Coldplay démontre par l’exemple que faire de la musique, ça peut être comme rouler sur un grand-bi : super casse-gueule. Ils me prouvent également à chaque occurrence (grosso merdo tous les trois ans) que j’échangerai volontiers toute leur œuvre passée, présente et à venir contre le sample du cri de Tarzan par Coldcut. J’en suis persuadé : écouter leurs disques réduit l’espérance de vie. Et la taille de la queue, aussi, tellement ces expédients sont flapis, ramollos, nazes, ineptes. Bon, j’exagère peut-être un peu … Mais peut-être pas.

Car faisons le bilan. C’est quoi, Coldplay ? Des synthés toujours pompiers, jamais pyromanes. Toujours ratés, jamais tarés. Basculant soit dans le sirupeux tire-larmes (tendance « Lily » d’AaRon) soit dans le synth-rock ampoulé et amasse-pognon, à base de hohohoho sur tous les refrains. Plagiant à tour de bras[2] sur « Viva la Vida » avec pas moins de deux vols non déclarés, à Creaky Boards pour la voix et à Joe Satriani pour la mélodie.

Un groupe de mecs un brin parvenus, aussi passionnant qu’une chaise pliante en Formica, qui copinent avec Rihanna sur un single. Une grosse machine qui fait des gros machins pour des gros stades et amasser des gros paquets de brouzoufs dans le gros bouse-ness, le gros shit-stème. Le Genesis du XXIe siècle. Ou, mieux, A-Ha. Un mix des deux, peut-être. Oui, je sais, la comparaison n’est pas valorisante. Mais ça mérite.

Des mecs sains, joyeux, pour qui la musique n’a rien d’un combat vital. Avec un leader végétarien, sosie tout lisse de Hugh Laurie, croyant, straight edge, qui milite pour le commerce équitable et soutiens des gentilles assos caritatives. Chiant comme la pluie. Attention : je ne soutiens pas non plus systématiquement les déglingués qui s’en mettent tellement dans le cornet qu’ils pourraient s’injecter leur propre pisse dans les veines pour fonctionner en circuit fermé et faire des économies ; ni, jamais, les gugusses prenant leurs afféteries bouffonnes pour des preuves de rébellion et d’indépendance artistiques. Mais, aussi bien musicalement que sur le plan de l’attitude, le rock est censé être un genre décoiffant, frondeur, viscéral, insoumis, et voir un premier de la classe tirer les marrons du feu est quelque peu … bah comme Chris Martin, ennuyeux. De toute façon, Chris Martin, lui, perché sur ses millions et sa crédibilité bousillée par tant de faux pas, s’en fout.

Dans l’absolu, que Coldplay existe ne me pose pas de problèmes ; leur synth-rock dégoulinant pour synchros télé ne me donne pas encore (trop) d’envies de meurtre avec retrait préalable et sans anesthésie des cordes vocales, du moins tant que je n’ai pas à supporter leurs méfaits sonores. Mais les voir propulsés sur le devant de la scène, en rotation permanente sur la FM, en synchro à la télé, élevés par certains comme étant le « plus grand groupe de rock mondial »[3] et admiré par beaucoup me laisse, disons, déçu, très déçu.

Comme d’habitude, il faudra aller chercher son salut ailleurs. On a l’habitude.

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[1] Et pas court de tennis, même si il y a Roland-Garros à la téloche.

[2] La différence avec des samples ? Primo, l’emprunt n’est pas échantillonné (ledit échantillonnage pouvant comprendre des modifications, de degré mais non de nature, de l’extrait) mais rejoué et donc fondu et amalgamé à sa création personnelle, déniant l’existence d’un créateur antérieur ; d’autant que, deuzio, l’emprunt n’est pas déclaré et se fait en loucedé, sans contrepartie financière ou nominative pour celui dont on s’est servi d’une partie de l’œuvre.

[3] Ce qui n’est absolument pas un gage de qualité mais bon, certains n’ont apparemment pas été convaincus par l’adage.

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