Top 10 des chansons sur le nazisme et/ou la Seconde Guerre Mondiale

Mots-clefs de ce Top 10 : 8 mai, armistice, Deuxième Guerre Mondiale, nazis. Etant donné que aujourd’hui ce jour férié qui vous a permis de vous pelotonner dans votre lit jusqu’à midi célèbre la fin d’une des périodes les plus sombres de l’humanité moderne, et que les chaînes de télévision ne se privent pas, tous les jours tout au long de l’année, pour en rappeler le souvenir diffus, Du Bruit Qui Pense a décidé d’axer ce Top sur les chansons causant du second conflit mondial et de la clique hitlérienne. Des thèmes pas gais-gais, mais qui se retrouvent dans de super chansons, la preuve par dix.

  • 1er : LES RITA MITSOUKO – Le Petit Train (Marc et Robert, 1988, Virgin)

Gare au petit train. Oui, cette chanson, que tout le monde croit joyeuse et anodine*, parle de la déportation, de la Shoah. Le morceau (à coup sûr le meilleur des Rita Mitsouko) fait un peu moins de six minutes, mais il paraît ne jamais s’achever. On monte constamment en intensité, à mesure qu’on prend conscience du drame sous-jacent narré ici, et qui se confond avec la rythmique enjouée. Génocide versus indifférence. La voix suraiguë de Catherine Ringer, dont le père a été déporté (il en est revenu**), colle des frissons quand, déchirante, les larmes aux yeux, elle tient la note comme si c’était son dernier cri. « Petit train, où t’en vas-tu ? Porter la mort … »

  • 2e : PRIMAL SCREAM – Swastika Eyes (XTRNTR, 2000, Creation)

Au croisement des millénaires, Primal Scream décide de sortir son meilleur album : XTRMNTR (pour « exterminator »). Sauvage, bruyant (Kevin Shields, de My Bloody Valentine, est crédité à la production), vindicatif, le disque est d’une puissance inouïe. Et les sept minutes de « Swastika Eyes » sont au diapason, démentielles et dévastatrices, à la fois roquette techno et pamphlet dystopique (les croix gammées dans les yeux des « Scabs, police, government thieves, venal psychic amputees. »)

  • 3e : JOY DIVISION – Warsaw (An Ideal for Living (EP), 1978, Factory)

Avant d’être le groupe post-punk glacial que tout le monde connaît, Joy Division était à ses débuts un pur groupe punk-rock, qui se servait de l’imagerie nazie pour choquer : de leur premier nom, Warsaw (référence au ghetto de Varsovie), au suivant, Joy Division (traduction anglaise de Freudenabteilung, la zone de certains camps où étaient sexuellement exploitées les détenues), en passant par la pochette de leur premier EP An Ideal for Living (qui reprend une affiche des Jeunesses hitlériennes), jusqu’à la conclusion de ce morceau qui énumère le matricule (31G-350125) du numéro deux du IIIe Reich Rudolf Hess. Et cette tendance au détournement de références nazies ne se sont pas évanouies avec le splendide artwork d’Unknown Pleasures, symbole définitif du groupe pour la mémoire collective pop ; lorsqu’en 1980, après le suicide de Ian Curtis, les membres restants ont dû choisir un nouveau nom, ils ont élus celui de New Order, un patronyme qu’arborait depuis l’entre-deux-guerres des ligues d’extrême-droite.

  • 4e : Serge GAINSBOURG – Nazi Rock (Rock Around the Bunker, 1975, Mercury)

Jamais avare d’une provocation, Serge Gainsbourg a consacré tout un album, Rock Around the Bunker, à la question nazie. Un album qui, à sa sortie, comme les deux précédents (L’Histoire de Melody Nelson et Vu de l’extérieur), fera un four et fera scandale***. « Nazi Rock », chanson d’ouverture (en même temps que la meilleure) de cet album, donne le ton, ironique. Ambiance bastringue et piano de cabaret, maquillage et travestissement, décadence nazi queer, orgie de SS travelos sodomites. Est-ce est-ce si bon ? Oui, le décalage est réussi, la chanson également. A noter, dans les chœurs féminins qui terminent systématiquement les refrains (« On va danser le… Nazi rock, nazi, nazi nazi rock, nazi »), la présence de Clare Torry, la vocaliste virtuose du « Great Gig in the Sky » de Pink Floyd.

  • 5e ORCHESTRAL MANOEUVRES IN THE DARK – Enola Gay (Organisation, 1980, DinDisc)

Une chanson ultraconnue avec son gimmick de boîte à rythme tremblotant et ses synthés identifiables entre mille. Une chanson qu’absolument tout le monde a entendu au moins une fois. Une chanson atteinte du même syndrome que « Le Petit Train », à savoir que beaucoup la chantonnent ou dansent dessus sans savoir de quoi elle parle. Une chanson qui fut censurée aux Etats-Unis, qui croyait voir là une promotion de l’homosexualité. Une chanson qui parle en fait de la bombe atomique larguée sur Hiroshima le 6 août 1945, Enola Gay étant le surnom donné au Boeing B-29 affrété pour lâcher ladite bombe. « This kiss you give, it’s never ever gonna fade away … »

  • 6e : BLUE ÖYSTER CULT – ME-262 (Secret Treaties, 1974, CBS)

Le Culte de l’Huître Bleue, quel étrange nom, n’est-ce pas ? Si j’ignore sa signification, je sais que l’idée émane de Patti Smith, alors la petite amie d’Allen Lanier, le pianiste et guitariste rythmique du groupe. Et ME-262, drôle de titre, hum ? Si je ne peux dire qui le premier a émis cet intitulé, je connais ce qu’il veut dire : c’est le nom abrégé du Messerschmidt 262, un modèle d’avion de chasse allemand pendant la Seconde Guerre Mondiale. Cette chanson, hard rock pur jus, au riff prenant, raconte un conflit aérien, probablement la Bataille d’Angleterre, du point de vue d’un pilote de la Luftwaffe. Une point de vue narratif qui ne fit rien pour évacuer l’accusation de néo-nazisme portée sur le groupe, accusation stupide quand on sait qu’une grande partie des membres du groupe sont de confession juive.

  • 7e : RAMONES – Blitzkrieg Bop (Ramones, 1976, Sire/Philips)

A-t-on vu chanson d’ouverture du premier album d’un groupe plus incisive, emblématique, en un mot, plus réussie que celle-ci ? Pas si sûr. Le « Hey ! Ho ! Let’s go ! » introductif est entré dans les mémoires ; il donne le coup d’envoi (en termes discographiques tout du moins) de la furia punk, cette « guerre éclair » qui connut son apogée entre 1976 et 1978. Le vocable nazi (la « Blitzkrieg » étant le nom d’une stratégie de guerre utilisée par la Wehrmacht) sera réutilisée par la fausse fratrie**** Ramones dans le morceau « Today Your Love, Tomorrow the World » qui renvoie lui à la maxime d’Hitler, « Aujourd’hui l’Allemagne, demain le monde ».

  • 8e David BOWIE – V-2 Schneider (“Heroes”, 1977, RCA)

Ce morceau, sorti en face B de la chanson-titre « Heroes », est une plage largement instrumentale, avec une intro bourdonnante rappelant le bruit caractéristique des V-1 et V-2, et de nombreuses incursions de saxophone joué par Bowie lui-même. L’intitulé en lui-même est à la fois un hommage à Florian Schneider (le leader de Kraftwerk) et référence aux fusées V-2 (les missiles balistiques que la Luftwaffe expédiait sur Londres en 1944 et 1945),

Cette référence aux missiles nazis est osée car, l’année précédente, rongé par un vortex paranoïaque cocaïné (son personnage de Thin White Duke), Bowie s’était distingué par des actes et des déclarations tendancieuses, faisant le salut hitlérien à son arrivée à Victoria Station, déclarant à la télé suédoise qu’il faudrait un gouvernement fasciste en Grande-Bretagne ou encore affirmant à Playboy qu’Hitler était la première rock star et comparant celui-ci à Mick Jagger. 1977 sera, heureusement, l’année de la rédemption pour Bowie, et il entraînera, dans son sillage, un Iggy Pop (les albums The Idiot et Lust for Life, où Bowie est producteur) qui était tombé dans l’oubli depuis la fin des Stooges fin 73/début 74.

  • 9e : MR OIZO – Nazis (Nazis (EP), 2006, F Communications)

Mr Oizo, aka Quentin Dupieux, s’est spécialisé dans le tripatouillage irréfléchi des machines. Ce morceau le montre, avec ses triturations cradingues et sa mélodie imbibée par des distorsions graillonneuses à foison. Une rave rococo pour nazis cyberpunks. Mais, trop brouillon, ce bouillon un brin couillon (z’avez vu, j’ai pas dit souillon) demeure une track en demi-teinte, loin de son classique « Flat Beat ».

  • 10e : THE RESIDENTS – Swastika on Parade (The Third Reich’n’Rock, 1976, Ralph)

Un album, deux morceaux, de dix-sept et dix-huit minutes. Album étrange d’un groupe atypique, album obscur (sombre et méconnu). The Residents, collectif anonyme, passe à la moulinette les tubes de la pop 50’s et 60’s pour créer un collage dadaïste d’une violence symbolique absolue. Car la pop est ici assimilée au nazisme et les chansons qui la véhiculent à des messages de propagande ; la culture comme destruction. Dans leur jeu de massacre, The Residents saccage et déstructure les morceaux (tout en les laissant reconnaissables) pour les débarrasser de leur joliesse et révéler leur noirceur intrinsèque, en faire un flux aliénant et totalitaire, celui de la pop, cette industrie spectaculaire qui, comme les autres, se repaît de son propre développement, jusqu’à tout phagocyter, tout contrôler chez les « esclaves ayant l’amour de leur servitude ».

Le propos est acerbe, osé, désagréable. Impossible de les laisser de côté dans ce top. Mais ce qui les y pénalise en ce top, c’est le résultat musical, trop long et décousu : un patchwork géant, expérimental et fatiguant. Dommage, car cela tranche avec la cohérence concise et sans concession de la critique (excessive ?) sous-jacente.

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* Par exemple, mes parents me chantonnaient ça pour me calmer lorsque, bébé, j’étais en colère. Ce qui pourrait dire que mes parents peuvent avoir des bons goûts musicaux et/ou qu’ils n’ont rien compris à ce dont parlait la chanson. Ou qu’ils sont des psychopathes de premier ordre. Au choix.  

** Sam Ringer, artiste peintre juif polonais, mourra en 1986 ; Les Rita Mitsouko lui dédieront la chanson « C’était un homme » (pas terrible), sur l’album Cool Frénésie sorti en 2000.

*** Et encore, Gainsbourg s’est retenu d’aller plus avant, en supprimant de la tracklist une chanson intitulée « Le silence du pape » (qui devait être de plus l’intitulé de l’album), faisant référence à l’inaction coupable de Pie XII face aux génocides (juif, tzigane, etc.) perpétrés par les forces de l’Axe.

**** Dee Dee (né Douglas Colvin), Johnny (né John Cummings), Joey (né Jeffrey Hyman) et Tommy (né Tamás Erdélyi) ont choisi ce nom de famille fictif en hommage au premier pseudonyme de Paul McCartney, Paul Ramon.

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