THE CURE – A Forest (1980)

Brrrr, il fait froid d’un coup, non ? Normal, nous sommes dans la forêt des Cure, où les vivants sont froids comme des morts, où les morts sont des fantômes, où les fantômes sont vivants, si bien que croisent et croissent réel et illusion. Bref, un endroit où il vaut mieux éviter de traîner*. C’est le domaine de la bande à Robert Smith.

Car, avant de livrer d’excellents pop-songs FM sautillantes et de gagner ainsi son succès populaire (mérité), The Cure a œuvré dans le post-punk glaçant, ce qu’on a appelé la coldwave, dans la droite lignée d’un Joy Division (définitivement refroidi en 80), d’un Siouxsie and the Banshees**, d’un Bauhaus.

 « A Forest » est le morceau phare de cette période (la trilogie Seventeen Seconds / Faith / Pornography entre 1980 et 1982, une réussite éclatante avec des albums de plus en plus sombres***, algides et torturés). Cette introduction en écho planante (presque la résonance d’un didgeridoo des terres arctiques d’au-delà de l’œkoumène, les âmes des enfants qui serpentent dans les aurores boréales, mais je m’emporte sans doute …), la maîtresse ligne de basse, la batterie martelante contribuent à lui conférer une atmosphère trouble et une aura inaltérable.

Une chanson sombre qui transpire l’effroi et l’hébétude, un classique imparable d’une maturité affolante : au moment de la sortie de ce single, Robert Smith a tout juste vingt ans ! Une précocité qui fait penser à celle de Ian Curtis, le modèle de Robert Smith ; heureusement Smith ne se suicidera pas, ne s’évaporera pas comme la femme de la forêt, et continuera à composer de bonnes chansons même après 25 ans passés sur Terre. Ouf.

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* Un peu comme « La Forêt » de Lescop, dont on peut sans risque affirmer qu’il y a filiation avec « A Forest » (mélangé avec du Daho et du Taxi Girl).

** Dont Robert Smith a d’ailleurs été l’éphémère guitariste, en 1979, puis en 1982 et 83.

*** En témoignent les pochettes : on commence avec le brouillard blanc de Seventeen Seconds, on passe au flou grisâtre de Faith avec d’arriver à ce climax qu’est l’obscurité infernale, noire aux reflets rougoyants, de Pornography.

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