Dire GiedRé et puis vomir (à propos de GIEDRE)

La vengeance est un plat qui se mange. Froid, chaud, tiède, peu importe. L’important, c’est les trois points de le miammiamer. Et là, croyez-moi, on va s’en remplir copieusement la panse, buffet campagnard gratos, service jusqu’à-plus faim. Aujourd’hui de la journée de ce jour, je lâche les chiens. Mais, me direz-vous, pourquoi tant de colère et d’aigreur alors les raisins ne sont pas encore là et que l’été se profile avec l’allégresse d’un dauphin en surdose d’endorphine ? Déjà, parce que l’aigreur, ça ravigote et ça me permet, parfois, de tenir debout ; mais surtout, parce que celle qui en sera la victime l’a bien cherché.

J’explique. Un soir d’insomnie, je suis tombé sur un concert de GiedRé que passait France 4. En regardant Gaspard Proust chez Ardisson le samedi précédent, j’avais vu qu’elle y était passée pour faire la promo de son quatrième album MoN PReMieR aLBuM aVeC D’auTReS iNSTRuMeNTS Que JuSTe La GuiTaRe (on en reparlera …). Bref, j’ai voulu voir ce que ça valait ; j’ai été consterné. Facepalm force 12. C’est très loin de la Ligue des Champions, ça joue plutôt la relégation en CFA 2 ; en clair, c’est pas le PSG, mais l’Entente Sannois Saint-Gratien, et encore, pas le meneur de jeu, non, plutôt le troisième gardien.

Moi, devant le concert de GiedRé.

Avec sa voix doucereuse, apparentée à celle de la marionnette des Guignols de Carla Bruni (mais qui aurait eu le cerveau, déjà pas gros, étréci aux capacités d’un passereau), la chanteuse lituanienne débite des insanités sur un ton et avec un minois candides ; des horreurs lyophilisées, enveloppées dans une innocence puérile. Et une musique qui ne l’est pas moins, puérile ; ces gratouillis de guitare semble avoir été composés par une classe maternelle de petite section.

GiedRé, c’est du sous-Anaïs (qui est elle-même une piètre chanteuse) qui forcerait sur le lol pseudo-provoc. C’est Chantal Goya qui parle de sex-toys et de caca. Même une pâquerette naine ferait figure de séquoia à côté de ça.

GiedRé, Oldelaf, La Chanson du Dimanche, toute cette clique de fantaisistes à deux roupies, échouent là où Didier Super ou Sexy Sushi (et Sébastien Tellier si on peut le classer dans cette catégorie) ont réussi : être fous, timbrés, corrosifs, marquants, aussi efficaces musicalement qu’au niveau des paroles, ne pas être d’un conformisme atterrant (Oldelaf chez Drucker, c’est un signe, non ?). Quand on convoque comme influences Pierre Perret et Georges Brassens, c’est que manifestement que le produit n’est pas de première fraîcheur …

Ce sont des Bénabar façon second degré, aussi acides et régressifs qu’un berlingot de lait sucré : c’est super bon quand on a six ans ou moins, mais, passé cet âge, c’est insupportable, écœurant, vomitif.

Du « délirant » pour quadras avec enfants et crédit à 12% sur 25 ans. Des textes faussement drôles, vraiment tocs, vraiment crétines, axés seulement sur le sexe et le scato, sur une musique bâclée ne servant que d’arrière-fond à ses élucubrations humoristiques qui me laissent de marbre de Carrare. Quand ce n’est qu’au quatrième album qu’on découvre que, ô magie, il est possible de faire de la musique avec autre chose qu’une guitare en bois, c’est que, clairement, la musique n’est pas l’axe prioritaire.

giedréarnaque

Sois gentil, petit gribouilleur, laisse Sex Pistols (et pas LES Sex Pistols) en dehors de ça. Ils ne méritent pas une telle infamie.

GiedRé, c’est la dérision très dérisoire, la musique sans importance. Et la musique, c’est important, c’est capital, c’est vital. Je déteste GiedRé.

D’aucuns diront peut-être que GiedRé n’est pas à juger sur des critères musicaux mais humoristiques. Mais, non, je récuse cet argument. Déjà, parce que, niveau drôlerie, ce n’est pas tip-top niveau, mais surtout parce qu’à partir du moment où, en sortant des albums, on exploite le médium musical, il est nécessaire d’évaluer la production du point de vue de l’apport à la pop et non plus seulement de la gaudriole sans impact durable. Etonnant d’ailleurs cette propension des humoristes à vouloir conquérir le champ musical, depuis les Charlots jusqu’à Sébastien Patoche en passant par Michaël Youn, les Inconnus*, le Palmashow, Elie Sémoun, Patrick Timsit, Patrick Sébastien, Cauet ou Lagaf’. Philippe Katerine, qui a presque fait le chemin inverse, s’est perdu** en en faisant des caisses dans le côté délirant (son dernier album, Magnum : trois bonnes chansons et le reste ultra-soûlant dans sa rengaine électro-lubrique surproduite et sous-inspirée). Humour et musique, le mélange est délicat, périlleux. Si même les pas très finauds de Rire & Chansons prennent soin de distinguer le rire et les chansons, c’est peut-être qu’il y a une raison à cela. En tentant de faire l’inverse, GiedRé montre, à ses dépens, l’extrême difficulté de l’exercice. Pour un Didier Super vraiment super, combien de GiedRé indigérables pour lesquels second degré équivaut à degré zéro ?

Donc …, GiedRé, une suggestion pour ton prochain album ; appelle-le MoN PReMieR aLBuM où Je FaiS PaS La MaLiGNe CaCa-PRouT eT où Je Joue VRaiMeNT De La MuSiQue***. Ça serait pas mal. Quoique : est-ce qu’on a vraiment besoin de toi ? A toi de nous le prouver. Je doute fort que tu ne le veuilles, sinon que t’y parviennes. A chacun sa lit(u)anie.

__________________

* Les Inconnus qui, rappelons-le, ont obtenu quatre Victoires de la Musique. Merci la musique en France.

** Car s’il sait encore sortir de temps en temps quelques bonnes chansons comme « Sexy Cool », « Les Dictateurs », « Amiami », « Louxor J’Adore », sans compter toutes celles de ses débuts où, fauché, son inspiration était riche (le contraire d’aujourd’hui, quoi), il faut se rendre à l’évidence : sans déconner, qui, QUI peut écouter (sauf au vingt-huitième degré, chose que je me refuse à faire) « La Banane », « 100% V.I.P », tout l’album 52 Reprises dans l’Espace, une très grande partie de Magnum. Personne. Ou personne ne devrait, en tout cas.

*** Je reprends ses us d’écriture, consonnes en majuscules et voyelles en proportion de son talent, minuscules.

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5 commentaires

    • A ma connaissance, Didier Bénureau n’a jamais sorti d’album ou de single ; s’il chante (« Chanson pour Moralès »), ce n’est qu’exclusivement dans le cadre de ses spectacles.
      Fatal Picards, moui, ils sont à la limite : à mon avis, ils font plus de la musique que de l’humour ; même s’il y a, bien évidemment, du second degré dans leurs chansons, ils ne sont pas seulement réductibles à cela, comme les Wampas. Cela étant, ils m’indiffèrent assez.
      A la réflexion, maintenant que tu m’y fais penser avec tes propositions, je pense que les premiers « humoristes-chanteurs », ce sont Boris Vian (dont le fils Patrick fut leader d’un groupe rock, Red Noise, dans les années 70) et Boby Lapointe. Avec bien plus de talent de GiedRé (pas compliqué …), même si là encore Vian et Lapointe me laissent musicalement assez froid.

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