Top 8 des chanteurs suicidés

Ce 5 avril 2014, on commémore, je pense que ça ne vous a pas échappé, les vingt ans du suicide de Kurt Cobain. Mais ce n’est pas le seul à avoir décidé de devancer Atropos ; petit panorama pour rendre hommage à quelques uns d’entre eux.

  • NIRVANA (Kurt COBAIN, suicide en 1994, à 27 ans) – Frances Farmer Will Have Her Revenge on Seattle (In Utero, 1993, Geffen)

In Utero aurait initialement dû s’appeler I Hate Myself and I Want to Die. Refus de la major Geffen. Sortie d’In Utero le 13 septembre 1993 ; suicide de Cobain 204 jours plus tard. Vingt ans plus tard, on attend encore la vengeance de Cobain contre ceux qui ont dépiauté son intransigeance pour en faire des T-shirts vendus chez Colette ou des comédies musicales.

  • JOY DIVISION (Ian CURTIS, suicide en 1980, à 22 ans) – Atmosphere (Licht und Blindheit, 45-tours, 1980, Sordide Sentimental)

En trois : chanteur – épileptique – pendu. Ian Curtis ? Bien joué !

« Atmosphere » annonce la couleur. Celles qu’on peut voir sur les magnifiques et mythiques photos du groupe faites par Kevin Cummins. Celles qu’on peut voir sur le clip du morceau, qui n’est sorti qu’en 1988, réalisé par Anton Corbijn (lequel réalisera plus tard le film Control, biopic de Curtis). Celles du deuil. Celles des pochettes d’albums de Joy Division. Le noir, le blanc.

Voix altière et sépulcrale, morceau sublime, épitaphe élégiaque. Voilà comment résumer cette chanson, la seule de Joy Division qui n’ait pas été éditée sur Factory Records (mais par un label français, Sordide Sentimental, à 1 578 copies*), la dernière publiée (en mars 1980) du vivant de Ian Curtis. « Don’t walk away / In silence / Don’t walk away … »

  • SPARKLEHORSE (Mark LINKOUS, suicide en 2010, à 47 ans) – Pig (Good Morning Spider, 1998, Capitol)

Je ne vais pas galéjer plus longtemps : je ne connais pas beaucoup Sparklehorse et Mark Linkous, son seul membre permanent, qui s’est tiré une balle dans le cœur le 6 mars 2010. Seulement de nom, pour l’avoir lu ci et là dans quelques mag’zines et webzines.

Mais, en cherchant vite fait, si ses chansons daddy pop mélancoliques ne m’ont guère touché, je suis tombé sur quelques chansons indie-rock combinant à merveille sens mélodique et guitares acérées (« Rainmaker », « Tears on Fresh Fruit »). Parmi elles, ce « Pig », qui envoie la sauce bien comme il faut, avec ce son saturé et lo-fi, cette énergie garage. Voilà qui mériterait que Sparklehorse reçoive un coup d’oreille plus attentif de ma part …

  • Nino FERRER (suicide en 1998, à 63 ans) – Les Cornichons (Enregistrement Public, 1966, Riviera)

De Nino Ferrer, je n’ai, de même, qu’une connaissance très parcellaire. Comme tout le monde, je n’ignore pas ses chansons rigolotes des années soixante (« Mirza », « Oh Hé Hein Bon », « Le Téléfon » …), ni « Le Sud » ; en revanche, le reste de sa carrière, blues-rock voire prog-rock, m’est soit méconnu soit ne m’a pas accroché. Ceci dit, impossible de le laisser de côté. Alors on se repasse cette bonne chanson, récit de pique-nique désastreux.

Une initiative champêtre qui part à vau-l’eau ; en capillotractant on pourrait faire un parallèle avec la fin du chanteur italo-français, qui, dévasté par la mort de sa mère un mois plus tôt, s’est donné la mort en plein champ, d’un coup de fusil.

  • Elliott SMITH (suicide en 2003, à 34 ans) – Waltz#2 (XO, 1998, DreamWorks)

Les belles chansons pop d’Elliott Smith (« Miss Misery », « Waltz #2 », « Memory Lane » …) ne l’ont pas sauvé d’un trépas précipité. Baisers, étreintes et coups de couteau dans la poitrine. Dont on n’a jamais vraiment su s’il s’agissait d’un suicide (la thèse officielle) ou d’un meurtre ; une énigme bien plus grande que le pseudo-mystère complotiste autour de Kurt Cobain.

  • Jean-Luc LE TENIA (suicide en 2011, à 35 ans) – Bertrand Cantat (Le Meilleur Chanteur Français du Monde, 2002, autoproduit)

La vraie fin de Noir Désir n’est pas en 2010, mais en 2002. Mais pas à Vilnius, non, au Mans. L’épitaphe est signée Jean-Luc Le Ténia, un Didier Super qui aurait troqué la dérision pour la dépression. Dans cette chanson lo-folk réalisée, comme toutes les (noooombreuses) autres avec deux bouts de ficelles et de paroles, il assène, de sa voix de Polnareff discount : « Si Lautréamont avait été manchot, Bertrand Cantat se prendrait pour une ablette ». Fatality !

Bonus stage : le clip, qui laisse songeur, car tourné dans un cimetière, quelques semaines seulement AVANT la mort de Marie Trintignant.

  • Donny HATHAWAY (suicide en 1979, à 33 ans) – The Ghetto (Everything is Everything, 1970, Atco)

Dans la galaxie soul 70’s, il aurait pu être l’égal de Stevie Wonder. Ou Marvin Gaye. Ou Curtis Mayfield. Mais il est resté dans l’ombre, s’est pris au piège de la dépression et au moment où il semblait s’en sortir, boum, il a tout envoyé valdinguer par la fenêtre, à commencer par lui. Dans sa fin, il rejoint ce que disait Raymond Radiguet (qui mourut à vingt ans !) :  « Un homme désordonné qui va mourir et ne s’en doute pas met soudain de l’ordre de lui. Sa vie change. Il classe des papiers. Il se lève tôt, se couche de bonne heure. Il renonce à ses vices. Son entourage se félicite. Aussi sa mort brutale semble-t-il d’autant plus brutale. Il allait vivre heureux. »

  • OU EST LE SWIMMING POOL (Charles HADDON, suicide en 2010 à 22 ans) – Jackson’s Last Stand (The Golden Year, 2010, Fire & Manouvre)

Où Est le Swimming Pool (ce nom …) fut un combo d’électro-pop tendance Virgin Radio : le niveau est médiocre, il y a certes une bonne idée de ci de là mais délayée dans un torrent de gimmick insupportables et racoleurs. A vrai dire, je ne sais même pas pourquoi je les ai foutus là (peut-être pour montrer que finalement on ne les regrette pas tous ?). Ce groupe est mort presqu’en même temps que son chanteur, Charles Haddon, qui lors d’un festival belge s’est jeté du haut d’un pilier du parking réservé aux artistes**. Je vais sortir une formule de Bukowski qui décrivait ainsi l’état humain après une défenestration, et que l’on peut rapporter aussi bien à Charles Haddon qu’à sa musique : « voilà de quoi nous sommes faits : des tripes, de la merde et du jus gluant ». Miam …

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Et, pour finir, puisque ça fait vingt piges que l’enfant-grunge a avalé son extrait de naissance, voilà une photo qui rétrospectivement fait un peu bizarre …

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* « Atmosphere » sera réédité à un tirage bien plus conséquent par Factory, pour la Grande-Bretagne (en août), les USA (en septembre) et le reste du monde, le tirage de Sordide Sentimental étant limité à la France.

** Leur premier album aurait dû s’intituler Christ Died for Our Synths, un premier jet qui sera modifié en The Golden Year à la sortie effective de l’album, deux mois après le suicide de Charles Haddon.

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