Marvin GAYE – I Heard it Through the Grapevine (Smokey ROBINSON & THE MIRACLES cover) (1968)

Aujourd’hui 1er avril, pas de poisson dans cet article mais un « Je reprendrais bien un morceau … » plus long que de coutume, justifié par la commémoration, aujourd’hui même, du trentième anniversaire de la mort tragique (abattu au revolver, la veille de ses 45 ans, par son propre père*) de Marvin Gaye**.

Cette chanson est une des plus connues de Marvin Gaye. Pourtant pas mal d’aspects en sont méconnus : d’une, qu’il s’agit d’une reprise ; de deux, qu’elle est passée à deux phalanges de ne pas paraître.

« I Heard it Through the Grapevine » sort une première fois en 1966, chantée par le groupe Smokey Robinson & The Miracles ; une chanson R&B au tempo rapide et à la voix d’une fluidité soyeuse. On retrouve les éléments qui feront l’identité du morceau de Marvin Gaye (la structure du morceau, les chœurs, la ligne basse de l’orgue Wurlitzer, etc.), mais accélérés, dilués, euphémisés, bref, à l’état de gisement inexploité. En 1967, « I Heard it Through the Grapevine » se voit déjà reprise par un groupe de la Motown, Gladys Knight & The Pips, lesquels en font une chanson soul, qui ressemble bien moins à la version qu’en fera Marvin Gaye qu’au « Think » d’Aretha Franklin (la ressemblance est confondante).

Justement, la version de Marvin Gaye, parlons-en, ou plutôt parlons de ce pourquoi on a failli ne pas en parler.

Motown Records, le mythique label de soul de Détroit (la Motor Town …) auquel Marvin Gaye émargeait, avait pour coutume d’écouter les cinq morceaux qui étaient au top des charts afin de déterminer quelle chanson avait le potentiel pour sortir en single, le principe de base étant que le nouveau morceau devait s’enchaîner harmonieusement avec les titres déjà présents au plus haut des hit parades ; c’était les sessions de contrôle qualité. Problème : avec son rythme ralenti et profond, sa tension latente, sa sombreur et son intensité*** entre sensualité et militantisme noir****, « I Heard it Through the Grapevine » ne ressemblait à aucun titre de Motown, ni à rien de ce qui se faisait à l’époque. C’est ainsi que la patron de la Motown (et accessoirement beau-frère de Marvin Gaye*****), Berry Gordy, s’opposa à la sortie de la chanson. Ce n’est que sous l’insistance du producteur Norman Whitfield que « I Heard it Through the Grapevine » put voir le jour, et encore, confiné au rôle de bouche-trou sur l’album In the Groove.

Alors, comment « I Heard it Through the Grapevine » est-il devenu le classique qu’il est devenu ? Grâce à un DJ de Chicago, E. Rodney Jones, qui, subjugué par le morceau, dérogea à sa règle de ne diffuser que des singles pour le passer dans son émission sur la station WVON. Le standard explosa ; d’autres DJ le suivirent. Devant ce potentiel commercial révélé, Berry Gordy dut autoriser la sortie de « I Heard it Through the Grapevine » en single. Paru le 30 novembre 1968, celui-ci s’écoula à des millions d’exemplaires et devint numéro un dans les charts américains (sept semaines) et britanniques (trois semaines) et, plus encore, une chanson incontournable de la musique soul.

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* Le père de Marvin Gaye, plaidant la légitime défense, ne sera condamné pour son geste qu’à cinq ans de prison … avec sursis (!), l’homicide au premier degré n’étant pas été retenu comme chef d’accusation du fait de son état de santé ; il était atteint d’une tumeur au cerveau. Il ne mourra pourtant qu’en 1998, soit quatorze ans après les faits, d’une pneumonie. 

** Né Marvin Gay Jr., le « e » ayant été ajouté par Marvin Gaye lui-même afin de distinguer de son père, pasteur fondamentaliste (et aussi pour éviter les blagues sur sa possible orientation sexuelle) ; quand on connaît la fin, on se dit qu’en effet c’était plutôt une bonne idée …

*** Obtenue notamment grâce à une astuce de Norman Whitfield : faire chanter Marvin Gaye plusieurs tonalités au-dessus de son registre habituel, afin de l’obliger à puiser au tréfonds de ses ressources vocales, de le pousser jusqu’en limite de rupture. 

*** Le mot « grapevine » désignait, à son origine, un moyen de communication exclusivement réservé à la communauté noire pendant la Guerre de Sécession. Basée sur le bouche-à-oreille, ce système de communication peut être adapté en français par « téléphone arabe ».

**** Marvin Gaye fut marié de 1964 à 1977 à Anna Gordy, la sœur de Berry Gordy.

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