Critique : Red Exposure (Chrome, LP, 1980)

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Si ça se trouve, d’ici à ce que vous lisiez cet article, notre patrie chérie FM sera dirigée par Raptor Jésus (avec le Philosoraptor en premier ministre), la Yougoslavie aura gagné la Coupe du Monde 2026 organisée par le Groenland, j’aurais opté pour le fruitarisme et Ilona Mitrecey sera devenue une star du porno BDSM*. Mais ça paraîtra toujours plus sain et/ou vraisemblable que le mélange que je vais vous décrire dès à présent.

Prenez Suicide. Ajoutez-y H.P. Lovecraft, des tonnes d’acides et des guitares noisy avec plein de reverb, et vous obtiendrez Chrome. Un groupe culte pour certains (une poignée), inconnu au bataillon pour les autres (bien plus nombreux), pour qui Chrome c’est juste le nom du navigateur Internet de Google.

Le 5 avril 1980, la veille du Tour des Flandres remporté par Michel Pollentier (aucun rapport), le duo formé par Helios Creed et Damon Edge** (vraiment classes ces blazes !) sortent cette galette pleine d’un fatras post-punk-abstracto-électroïde qui racle les fonds de kérosène des soucoupes volantes.

A l’écoute de leur musique, on se dit qu’elle ne peut être que le produit d’une bande de junkies élevés par des aliens ne lésinant pas sur la dope dans une galaxie lointaine, très lointaine. Et ayant subi des écoutes intensives, répétées et à plein volume des Stooges tout en revisionnant, maintenus attachés à un fauteuil les yeux écarquillés de force (comme dans Orange Mécanique), les intégrales d’Arzach et Philip K.Dick projetées sur écran à 360°.

Car comment expliquer autrement cet indus-rock psychotique doublement SF (San Francisco, science-fiction), cyberpunk avant même que le terme n’existe, qui construit autour de l’auditeur une réalité difforme et déformée, inquiétante, burinée, sculptée à coups de chalumeau et de triturations de bandes magnétiques. Star Wars sans le côté Disney. Le rock des caves extraterrestres (d’après les infos de mon pote Xurblurghj de Ragnarök & Folk, ça fait un carton du côté de Sirius), au groove suintant l’étrangeté.

Red Exposure est un bad trip d’acides où frayent les abominations cosmiques, un album peu avenant mais terriblement prenant, par sa bizarrerie magmatique, ses sonorités d’outre-tombe et d’autre monde, son aspect revêche qui ne fait de concession à rien ni à personne ; la musique de Chrome est celle de survivants infectés, de nervis de l’espace prêts à vous faire les poches et la peau sans le moindre remord, aidés par des monstres biscornus aux borborygmes angoissants.

De la presque pop et joyeusement acidulée « Electric Chair » au space-rock/post-punk de « Eyes on Mars » (jonction d’Hawkwind et de Joy Division), du groove synthétique menaçant, rampant dans l’ombre et perclus d’oscillations aiguës, qui porte « Static Gravity », le mélange détonne : voilà les trois meilleurs titres de l’album.

Mais les autres chansons sont également d’un bon niveau, même si un ton en-dessous. « Animal » reprend quelque peu, en plus fouillis et moins rageur (sur le mode mineur en somme), la formule du « Dead Disco » de Public Image Limited (reprendre et distordre un riff sonnant familier à l’oreille en l’encerclant des triturations et d’échos) ; « Jonestown » jette une gerbe sur les cadavres encore chauds de la communauté de Jim Jones ; « New Age » s’apparente à un hymne de ralliement pour des créatures robots démoniques équarries, avec ses cris de damnés à la guitare bruitiste, la martialité du beat technoïde et les voix déformées qui s’assimilent à des commandements.

Qui plus est, chose appréciable pour un album de cette étrangeté, ces chansons proto-indus-rock sont courtes, ce qui permet de condenser les expérimentations et de les rendre plus digérables, plus pop. Ce qui donne un album aussi bon qu’il est étrange ; c’est dire s’il est bon.

Et vous savez quoi ? Il paraît, à ce que j’en ai lu, que ce serait un des albums les plus accessibles de Chrome. Ca promet***.

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Chrome – Red Exposure – 1980 – Beggars Banquet

Note : 15/20

Tracklist :

  • New Age
  • RM.101
  • Eyes on Mars
  • Jonestown
  • Animal
  • Static Gravity
  • Eyes in the Center
  • Electric Chair
  • Night of the Earth
  • Isolation

S’il n’en restait que trois : « Static Gravity », « Eyes on Mars », « Electric Chair »

____________________

* D’ailleurs, il y aura une scène où je la sadise avec Olivia Wilde et Faye Reagan mais je la garderai dans mon disque dur.

** Damon Edge a connu une mort sordide : en 1995, sans le sou, il a été retrouvé pourrissant dans sa chambre de Redondo Beach (Californie), un mois après son décès (en plein mois d’août, en plus) d’une crise cardiaque.

*** Je vous tiendrai au courant quand j’irai écouter leurs autres albums, notamment Alien Soundtracks et Half Machine Lips Move, car si je connais et aime plusieurs morceaux de Chrome, je n’ai jamais (et je ne sais pas pourquoi) été jeter une oreille sur les albums dans leur intégralité, hormis le Red Exposure que je viens de vous chroniquer.

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2 commentaires

    • Merci beaucoup de tes recommandations ; j’irais écouter ça avec plaisir. 🙂
      Depuis le temps que je me dis qu’il faut que je me fasse leur discographie, je vais finir par le faire ! Car pour l’heure d’albums de Chrome je n’ai écouté seulement, outre « Red Exposure », qu’ « Alien Soundtracks » (mais une seule fois et distraitement ; il faudra absolument que je le réécoute, et plus attentivement).

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