Top 10 des chansons sur le vélo

Vous avez pensé à la « Bicyclette » d’Yves Montand (aka « le Français qui a eu du saykse avec Marilyn Monroe ») ? Ou à Yvette Horner ? Je ne sais pas de quelle génération vous êtes, mais vous feriez mieux de réviser vos classiques un peu plus récents ; même si le cyclisme n’est pas, et on peut le comprendre, le centre des préoccupation de la pop-music, il y a des bons trucs qui sont sortis (du peloton). A l’heure où s’élance Paris-Nice, regardez plutôt ce classement général qui ne prend pas les vessies pour des lanternes (rouges).

  • 1er : KRAFTWERK – Tour de France (single, 1983, Kling Klang/EMI/Warner Bros.)

S’il y a un groupe associé au cyclisme, c’est bien Kraftwerk. Les quatre Allemands étaient des fous de vélo, qu’ils pratiquaient assidûment. A tel point que Ralf Hütter, un des deux leaders naturels de Kraftwerk, paraissait même aux dires de certains plus intéressé par le cyclisme que la musique.[1]

C’est ainsi que le titre « Tour de France » vit le jour, en 1983. Il devait être la proue d’un album thématique autour de la Grande Boucle[2], mais cet album (leur dernier publié à ce jour) ne sortira qu’en 2003. Ainsi, pendant deux décennies, nous n’eûmes à nous mettre dans les canaux ORL que ces sept minutes fluides, d’un onirisme mécanique, énonçant la vision E(lectro)PO(p) d’un cyclisme cyborg impitoyable, qui contraint les individus à aller au bout d’eux-mêmes. Puis à avancer encore. Jusqu’à ce que l’insinuation des rythmiques obsédantes des souffles, des rouages et des chronomètres ne les dotent de l’aphasie technoïde propre aux métronomes, dont les performances toujours égales, étales, la pédalée préprogrammée transforment les pires obstacles en une Autobahn lisse et plane, indifférente ; même vitesse, pas de souffrance.

Tant l’écoute est agréable, cela eût suffit à nous contenter.

  • 2e : LUDWIG VON 88 – Louison Bobet (Houlala II : La Mission !, 1987, Bondage Records)

Prendre les références de la vieille France et les emporter dans une effervescence punk rigolarde et pleine de dérision. Mais loin d’être dérisoire (je ne suis pas fier de l’avoir piqué à Souchon, celle-là).

N’eût été Kraftwerk, ç’aurait été la meilleure chanson sur le cyclisme. Cela étant, pour ceux qui privilégient l’ardeur rock à l’impavidité techno-robotique, « Louison Bobet » emportera le maillot jaune. Une fois de plus, après 1953, 1954 et 1955 ; sur le plan sportif comme sur celui des chansons qui lui sont consacrés (on le verra plus bas), Jalabert ne peut pas prétendre à rivaliser.

  • 3e : Fred POULET – Walking Indurain (Encore Cédé, 1996, Saravah)

Un OVNI, entre commentateur perdu dans les brumes, blues-rock et jeu de mots foireux (Walking in the rain …, vous avez compris ?)

Une chanson qui n’a pas spécialement porté chance à Indurain puisque c’est cette année-là qu’il perdit sa quintuple couronne dans le Tour de France, détrôné par Bjarne Riis, alias « Monsieur 60% ».[3]

  • 4e : MR OIZO & Gaspard AUGE – Tricycle Express (Rubber : Original Soundtrack, 2010, Ed Banger Records)

C’est l’histoire d’un pneu de voiture télépathe serial-killer. Je ne sais pas dans quel état était Quentin Dupieux, et quelles substances il avait ingéré, avant de pondre le concept de son film Rubber, mais ça devait être de la bonne qualité. Heureusement que le morceau est meilleur que cette idée directrice de scénar’ un brin portnawak.

Une ligne rythmique métallique rendant hommage au monument qu’est « Trans-Europe Express » de Kraftwerk (tiens, encore eux), des claviers sonnant Justice, oscillant entre groove lourd sinon martial et envolées synthétiques en contrepoint.

La marche du Rubber, certes, mais à la base le tricycle, c’est un vélo, nanméhokwa ! Donc, ça compte pour figurer dans ce Top.

  • 5e : VELODROME – Au Vélodrome 141 (Glasfabrik EP, 1988, Animalized/SPV)

Encore des (Ouest-)Allemands électroniques des années 80. Autant sur les routes, les représentants de la RFA ne brillaient pas des masses[4], autant il faut croire que les attraits de la Petite Reine ont fait florès parmi les zicos d’outre-Rhin penchés sur leurs synthés et leurs boîtes à rythmes. A noter le petit passage en français qui va bien, et la naïveté qui en découle : « On glisse très bien au vélodrome » (moue dubitative en essayant d’imaginer la situation)

  • 6e : TELEX – Tour de France (Neurovision, 1980, NKM)

Les Kraftwerk (décidément …) belges, en plus chaleureux. Une électro-pop metronomisch non dénuée d’humour qui ici s’empare trois ans avant leurs homologues allemands du Tour de France. Ça ne sera pas vraiment un bon augure pour les coureurs d’outre-Quiévrain : aucun d’entre eux n’a remporté la Grande Boucle depuis Van Impe en 1976. Le télex n’apporte pas que de bonnes nouvelles. Mais pas que des nouvelles non plus : j’ai vérifié, si Concarneau (ville dont la présence m’a semblé incongrue) n’a été qu’une seule fois ville-étape du Tour, elle le fut en … 1982, soit deux ans seulement après que le morceau soit sorti (l’effet Télex ?). Mais, bon ou mauvais présage, l’important c’est la musique, et là Télex sait vraiment y faire.

  • 7e : BILLY ZE KICK ET LES GAMINS EN FOLIE – A Vélo (Paniac, 1996, Shaman/PolyGram)

Une chanson écolo naïve et polie, enfantine, mais qui colle le sourire jusqu’au casque. Par contre, elle ne dit pas si l’arpentage des pistes cyclables doit se prendre avec prise préalable de champis hallucinosupermariogènes ; « Grand plateau, grande descente, bon trip » : a priori, non, pas besoin. Le vélo – « mon cerf-volant » – suffit à la griserie.

  • 8e : BOARDS OF CANADA – Happy Cycling (Music Has the Right for Children, 1998, Warp)

Il y a un je-ne-sais-quoi de perturbant dans cette évocation cyclique (où la boucle sonore rejoint la répétition inhérente à la pratique du vélo, au pédalage), comme si les enfants étaient partis seuls sur leurs petits VTT sur la plaine des Trépassés, celle du onzième des douze travaux d’Astérix. Entre les mouettes et les revenants ectoplasmiques, le voyage n’est pas vraiment dangereux mais il y règne une étrangeté latente, une suspension du prosaïque. Rien n’est féérique (pas de splendeur immaculée) et rien n’est horrifiant (pas de danger ou de laideur), mais tout est fantastique, dans l’innocence embrumée des enfants, qui devenus adultes contemplent leur enfance, quand les figurations des outre-mondes voletaient près d’eux, marmots dont les yeux ne s’étaient pas encore dessillés.

  • 9e : QUEEN – Bicycle Race (Jazz, 1978, EMI)

Queen est un guilty pleasure en soi : des tubes à la pelle, un style excessif louvoyant entre hard rock, disco et prog-rock bouffi, un groupe porté par le seul charisme de Freddie Mercury. Présente sur le même album que « Don’t Stop Me Now », cette « Bicycle Race » vaut sans doute plus pour son clip qui humidifie l’œil[5] que pour la chanson elle-même qui, si elle peut s’écouter, ne laisse pas des masses l’envie d’y revenir, trop cheesy, trop emphatique, trop gonflée, trop hypocrite (vous imaginez sérieusement Freddie Mercury se damner pour faire du vélo ?[6]).

  • 10e ex-aequo : MONSIEUR MARTINO – Mon Jalabert (single, 1997, SDRM)

Cette scie alterno-musette reprend la formule éprouvée par Ludwig von 88 sur « Louison Bobet », mais en lui ôtant tout aspect rock. On obtient ces trois minutes ringardes à souhait, mais tellement pourvues en clichés sur la Grande Boucle que le diaporama finit par être amusant. D’où sa place obtenue in extremis ici. Mais attention, ceci n’est pas un blanc-seing à ce type de morceau ; une fois ça va, mais pas plus, surtout pas.

  • 10e ex-aequo : LES WAMPAS – Jalabert (Chicoutimi, 1998, FKO)

Pour ceux qui aiment Jalabert mais préfèrent le punk-rock cocorico, on peut mentionner cet énergique hommage (un peu marrant, pas mal gonflant et bas du front) au champion mazamétain, qui a décidément plus inspiré les zicos alternatifs que son collègue Virenque. Moins de show-biz paillettes, plus de proximité rurale peut-être, même si, soyons honnêtes, les deux s’en mettaient tout autant dans les veines l’un que l’autre. ONCE, Festina : on n’a pas le même maillot mais on a la même passion.

CADEAU BONUS : Pokémon Bike Theme (sur Pokémon Bleu & Pokémon Rouge, Game Boy, 1996, Nintendo)

_______________

[1] En 1983, juste après l’enregistrement de ce single « Tour de France », Ralf Hütter manqua même de trouver la mort dans une descente de col ;  à sa sortie de coma, sa première phrase aurait été (bien qu’il s’en défende aujourd’hui) : « Où est mon vélo ? ».

[2] Après avoir traité le nucléaire (Radioactivity), les autoroutes (Autobahn), les trains (Trans-Europe Express), les cyborgs (The Man-Machine) ou encore les ordinateurs (Computer World).

[3] Ces 60% étaient son taux d’hématocrite supposé, l’hématocrite étant le pourcentage de globules rouges dans le sang. Les globules rouges véhiculant l’oxygène, plus le taux d’hématocrite est élevé, plus la performance est boostée. L’EPO a cette capacité d’augmenter le nombre de globules rouges dans le sang. Lors de sa victoire dans le Tour en 96, Riis avait donc un taux d’hématocrite de 60%, Virenque (3e) et Dufaux (4e) de 54%. En 1997, ne pouvant détecter l’EPO lors des contrôles antidopage (ce ne sera possible qu’à partir de 2000), l’UCI a mis en place un seuil limite à 50% d’hématocrite, une décision tartuffe qui revenait à autoriser implicitement l’usage de l’EPO jusqu’à atteindre ces fameux 50% (il existait de plus des combines pour truquer les tests sanguins et diminuer le taux d’hématocrite détecté par les contrôles en-deçà de la limite). Fin de la parenthèse médico-sportive. 

[4] Les athlètes de RDA s’éclataient en cyclisme, sur piste avec Hübner, Hesslich ou Winkler, sur route avec Ludwig et Ampler. Sans oublier qu’Ullrich, Zabel ou Voigt, champions de l’Allemagne réunifiée des 90-2000’s, sont nés et ont été formés en RDA.

[5] Pour l’anecdote, le loueur de bicyclettes auquel Queen avait fait appel a exigé (et obtenu) que toutes les selles de ses vélos soient changées aux frais du groupe.

[6] Pitié, pas de blague sur les pédales, merci. Ce serait bien trop beauf (et très bof).

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