Une soirée devant The Voice

J’aime bien me pourrir mes soirées. Samedi dernier, j’aurais pu me retourner la tête à « La Grange » (un petit bar rock/métal sympauthentique qui roxxe du poney vénusien), j’aurais pu glandouiller sur Internet, j’aurais pu trouver le vaccin contre l’hypersida des ganglions lymphatiques, mais j’ai préféré me vriller les iris et cages à miels a casa devant Ze Voasse sur Télé-Béton. Pardon, The Voice sur TF1. Et j’ai même un temps envisagé de m’infliger le replay le lendemain, histoire de rien rater. Mais par peur de me vomir moi-même par tous les pores et orifices, j’ai renoncé à cette dernière action. Sûrement est-ce en raison de ce renoncement que ma demande de compensation karmique, à savoir obtenir tous les numéros gagnants du prochain tirage de l’EuroMillions et/ou la mort de Marine Le Pen et de Colonel Reyel, n’a pas été validée. Tant pis. (soupir) Bon, je vais quand même en tirer l’article que j’avais prévu d’écrire ici-même, que je ne me sois pas infligé cette souffrance pour rien.

 alex-orange-mécanique

Votre serviteur regarde The Voice.

C’est donc vêtu de ma plus belle tenue de cuir-latex cloutée que je me suis installé devant la télé. Et déjà, avant même que l’émission* ne commence, je m’interroge : une compétition à l’aveugle à la télé ? Ca a l’air aussi pertinent que des évaluations de mimes à la radio ou des concours d’imitateurs retranscrits par la presse écrite !

Et en plus, ce concept est un peu boiteux. The Voice est une scène. Dépourvu des potentialités et de la richesse orchestrale du studio, la scène ne vaut que pour deux choses : la voix certes, mais surtout l’attitude, le charisme, le positionnement de l’artiste par rapport à l’égotisme inhérent à la pop-music, bref, le jeu de scène. Or, tout ce second versant est annulé. Voilà les candidats gelés dans une fixité dépersonnalisante, mais après tout tant mieux, la machine ne pourra que mieux les remodeler.

Oups, j’ai oublié de vous présenter les sommités (lire ce dernier mot avec une grosse dose de sarcasme) chargés de juger nos wannabe.

  • Florent Pagny et sa dégaine de dresseur de tigres au cirque Pinder qui vient ici pour pouvoir régler ses arriérés d’impôts.
  • Jennifer, qui est là pour des qualités inverses au concept de l’émission ; pour synthétiser, je dirais « voix formatée, plastique fort matée », ou le WYGIOWYS (What you get is only what you see ; ce que tu as est seulement ce que tu vois), soit l’adaptation The Voice du WYSIWYG.
  • Mika, l’alibi international de l’émission, venu là (après avoir squatté la version italienne d’X Factor) pour se faire voir, lui et sa fantaisie, et ainsi se dispenser de sortir un quatrième album de sous-ELO sans inspiration mais sous ectas frelatés ; tant mieux.
  • Garou, le crouneur (ouais, crooner, OK …) québécois, qui se la ramène beau gosse alors qu’il a joué Quasimodo dans Notre-Dame-de-Paris (en attendant le rôle de Boeing-boing dans l’opéra-rock-kérosène Notre-Dame-des-Landes ?) et rockeur parce qu’il porte un blouson de cuir (si ça suffisait, Christophe Hondelatte serait Jim Morrison).

L’exilé fiscal, la bonnasse, le British et Quasimodo constitue donc le carré tragique, payés chacun des gros paquets de thune (qu’on n’ira pas jusqu’à compter pièce par pièce comme le Nain de Naheulbeuk) pour appuyer sur des boutons qui font retourner leur fauteuil.

thevoice-gameofthrones

Bon, maintenant qu’ils sont là, on va pousser passer à une revue rapide des pigeons candidats.

La première, je ne m’en rappelle pas et j’ai rien noté pendant l’émission. Je vais pas pleurer, c’est pas comme si j’accordais un quelconque crédit artistique à cette émission de daube. On enchaîne.

Deuxième candidate, Noémie, sa reprise est un peu mieux que l’originale (pas compliqué quand tu chantes du Katy Perry …), mais sans originalité. C’est plat.

On passe au premier mec, Virgil, faux-airs de François Valéry et flagorneur de première ; chanter du Florent Pagny alors qu’il est là, l’équivalent du fayot du premier rang qui tient son bras tellement il fatigue à le garder continuellement levé pour demander la parole. Il dégage, bien fait ; il réfléchira à ses goûts douteux chez lui.

Retour aux filles et à la pop mondo-mainstream : Cloé reprend l’excellente « Toxic » (j’en avais parlé par ici), tube intersidéral, de la manière la moins originale qui soit, c’est-à-dire en guitare-voix, en raaaaaaaaleeeeentiiiiiissaaaant le rythme du morceau et mettant des tremolos rauques dans sa voix pour « montrer son émotion à tous les passants » comme disait Desproges. Finalement, c’est un brin gonflant mais pas si mal. Avec un malus toutefois pour les amies suiveuses hystériques qui pourraient presque servir de preuves si certains olibrius se piquaient d’aller à l’encontre des travaux de Charcot.

Cinquième candidat (ouh là là, et toujours pas de coupure pub, quel suspense !). Un immense voile opaque est mis tout autour du chanteur. Dites, ça ne choque personne, cette ENORME distorsion de la concurrence ? Bon, toi, on va te faire chanter les yeux bandés pour que tu n’aies vraiment plus de repère visuel (après tout, seule la voix compte …), toi, tu vas faire ton audition suspendu à un fil à quinze mètres au-dessus du sol (c’est que de la mise en scène, seule la voix compte …) et toi, tu vas passer en même temps qu’une chorégraphie de de mimes jongleurs (toujours seule la voix compte). Non, mais what the fuck ! C’est quand même le principe de base de toute compétition qui soit, on met tout le monde à égalité. Et là, magie, on change les règles pour certains candidats et ça ne dérange personne ! Rhaaaaahh, ça m’énerve quand je suis tout seul à m’énerver et relever ce genre de détails !

Bon sinon, le candidat en lui-même. Bah, un ténor ; donc j’en ai presque rien à foutre. Mais, allez, devinez qui est le seul à se retourner ? Pagny, quelle surprise ! Au moment où le rideau se baisse (oui, parce qu’au lieu de le relever afin de pouvoir le réutiliser et d’en débarrasser la scène, le tissu est lâché et vient encombrer la scène ; chapeau les gars !), pub. Pendant cette coupure, un des spots est celui du Bon Coin, où intervient Iggy Pop. C’est possible qu’il y ait pire déchéance ou il y a encore de la marge ? Décidément, rien ne me sera épargné !**

Retour à l’émission de Nique-os. Le ténor s’appelait Adrien. Ravi, gars, de toute façon, je ne te reverrai pas.

On embraye sur Mélissa, longue baguette d’étudiante prout-prout, qui chante du Rihanna au piano-voix (c’est pas elle qui joue du piano). Rien que le fait qu’elle vienne chanter du Rihanna devrait être un motif de disqualification. Du reste, sa prestation est chiante, et fausse dès qu’elle essaye de monter ou de descendre dans la gamme. Je ne me rappelle même plus si elle est retenue ou non (j’ai la flemme de chercher).

L’arnaque de cette émission lui succède. Roman, attirail de rockeur des 90’s avec cheveux mi-longs en faux-grunge, bouc, voix rauque-raclée-moche, collier et T-shirt col en V laissant les poils apparents et guitare sèche de mec qui chante à côté du feu de camp. Mi-Lumineers mi-Maé. Fusion Maxitête discount Kurt Cobain/Chad Kroeger (Nickelback). Ce dit individu viole les Jackson 5 (oui, oui, les cinq) en avilissant « I Want You Back », et pour quelle réaction s’il vous plaît ? Une ovation générale et retournement des quatre fentes-à-tiques. Okaaaaaay … Devant ce choix cornélien, le rockailleux échappé d’un mixer de DeLorean, choisit Quasimodo, mille excuses, Garou, lequel lui promet : « on va faire du rock ». Quequoi ?!? Du rock ? Garou ? Il n’est même pas foutu d’en faire pour lui !

AreYouReadyToRock001

C’est encore tout abasourdi par le bukkake d’inepties que je viens de subir que j’aperçois Carole, une récidiviste. Elle avait dégueulé du Blondie il y a deux ans. « Qu’est-ce qui a changé en deux ans ? » lui demande le grec du samedi soir (mais lui, ce serait socialement mal vu d’essayer de le manger). « Bah, j’ai pris deux ans, connard ! » ai-je répondu dans mon canapé, dans un réflexe d’autodéfense agressive (il me tarde que cette purge se termine). Non, sarcasme mis à part, ouais elle a changé ; pour un concours qui dit ne faire attention qu’à la voix, va comprendre … Bref, Carole chante du Barbra Streisand, c’est passable ; elle tient la note pendant trouzmille ans, c’est irritant. Elle est prise. Basta ! AU SUIVANT ! (oui, on va un peu expédier la fin, parce que je suis aussi usé à l’écrire que je l’étais à le subir IRL)

Chloé, terminale S. « Je regarde The Voice tous les ans » Y’a eu que deux éditions, calme-toi. « J’ai toujours rêvé de chanter sur une scène. » Tu sais, t’es pas obligé de venir à la téloche pour ça. La voilà qui chante du Vanessa Paradis, pas sa meilleure en plus (c’est dire le niveau rez-de-chaussée de la chanson) ; Florent Pagny a son premier réflexe sensé de la soirée : lever les yeux au ciel d’agacement.

Suivant ! Jérémy Ichou, la caution « la musique est tout pour moi » de la soirée. Le beau gosse insupportable (mais vraiment, c’est pas que de l’aigreur de ma part), physique et jeu de scène. Après une approche drague pour Jennifer (confirmant ainsi sa fonction attrape-zieutage beauf), il choisit Florent Panouille Pagny.

Suivante ! Liv, le buzz de cette émission (elle aura droit à son reportage dans le JT de Pernaut le lundi suivant), qui a réussi à chanter comme un Chipmunk (volontairement). On en sourit la première fois mais au bout de la troisième, je pense qu’on (ou je, plutôt ; je ne vais pas vous mêler à mes montées d’intolérance auditive, quoique) a envie de lui mettre des tartes de la tronche en lui hurlant DE FAIRE TAIRE SES VOIX D’ECUREUILS AYANT INHALE DE L’HELIUM ! C’EST INSUPPORTABLE ! CAPS LOCK FURYYYYYY !!! Non mais c’est vrai, passé la surprise, (OK, une fois c’est rigolo mais juste une fois hein ?), qui peut écouter sérieusement une chanson, ou pire, un film des Chipmunks ? Les Chipmunks, c’est comme les lunettes 3D bleu et rouge en carton, c’est marrant deux secondes, après on se rend compte que c’est ultra-gonflant, laid et écœurant. Et on exècre ça à tout jamais.

 chipmunk-ecureuil-mort

Légitime défense : il chantait comme un Chipmunk.

Courage, voilà les deux derniers candidats. D’abord, Najwa, qui oublie tout le premier tiers de son morceau (déjà qu’avec The Voice ils sont en format vachement compressée***). Ensuite, Edu del Prado, ancien acteur dans Un dos tres et ancien coach de la Star(n)Ac 7. Apparemment chez TF1, ça suffit à en faire « un chanteur confirmé ». Notre « chanteur con-firmé », donc, chante du Beyoncé, une ballade à la con ; rideau définitif pour moi. Histoire de m’achever définitivement, il se présente à la fin de sa prestation comme « moitié espagnol, moitié africain ». Eh mec, c’est un continent, l’Afrique, pas un pays ! Faudrait p’têtre penser à arrêter d’apprendre la géographie bourré avec le professeur Pédoncule.

Bon, passé cette review un peu inutile, passons au démontage en règle de l’émission en elle-même.

Un, les effets de narration, du genre « l’avancement de la conquête des talents », sont juste nuls quand on sait que toutes les auditions sont remontées en post-production sans tenir compte de la chronologie réelle des faits.

Deux, le blabla des jurés qui quand ils n’appuient pas disent à quel point le candidat a bien chanté, qu’ils ont failli appuyer, etc., est d’une hypocrisie sans limite.

Et trois, que la télévision ne conçoive plus la musique comme quelque chose qu’elle doit médiatiser mais qu’elle doit nécessairement diriger est fondamentalement abject. La musique n’est plus pour la télévision une production artistique mais un produit télévisuel. Désormais, la télé médiatise plus les amateurs que les professionnels, ceux qui font de la musique pour la télé que ceux qui font de la télé pour la musique. Ce paradigme avait (un peu) disparu avec la fin de la Star Academy/Nouvelle Star, mais maintenant, hop, voilà que ça les reprend ; Popstars s’est gaufré en beauté, mais le succès de The Voice, voire celui moindre de Nouvelle Star, montre que le filon est encore vivace, même si plus personne n’espère faire carrière après. Et en face, qu’y a-t-il comme contre-programmation musicale ? Rien. Taratata (aka l’ego-trip zical de Nagui) disparue des canaux télé, remplacée par Alcaline (vraiment pas top), Monte le Son qui ne s’est jamais vraiment installé sur France 4 (et vu le niveau, y’a pas vraiment de regret à avoir), l’émission de chanson française pour les vieux avec Na-tâche-a Saint-Pier (ça sent le sapin et le chrysanthème), les autres chaînes qui n’en ont strictement rien à foutre (D17, à la base, ce n’était pas censé être une chaîne musicale, un peu comme TV6/M6 à sa naissance ? Parce qu’à part passer les clips des chansons Skyrock/NRJ/Fun Radio, ça ne se voit pas des masses …). Et les mêmes viennent se plaindre ensuite de la hausse du téléchargement illégal : mais comment osez-vous juste ouvrir la bouche ? C’est évident que si vous laissez les fanas de musique chercher seul les sons qui leur plaisent, ils ne se sentiront en aucune manière redevables envers vous et ils se sentiront largement aussi légitimes que vous pour s’approprier cette musique que vous ne savez ou ne voulez pas défendre, puisque vous privilégiez le formatage musical de wannabe Liebig, la musique lyophilisée (un sachet une personne dans l’eau du télé-crochet, vite préparé, vite avalé, goût pas très bon, vite oublié). Tout ceci accouplé à l’horizon de la gratuité universelle promue par l’idéologie sous-tendant Internet.

A propos d’Internet, j’y avais vu que la nuit même il y avait un documentaire sur la French Touch sur Arte à 2h30 du matin et, avant ça, le live de Vitalic qui était diffusé sur France 4 à 00h15. 00h13 : BRAAAAOOOOUM, coup de tonnerre, panne d’électricité. Tsssss … Finalement ce sera dodo.

Vraiment, une soirée de merde.

_____________________

* Emission dont la main (tenant un micro et faisant le signe du V, pour victoire et pour voix) qui lui sert de logo, si on la fait pivoter à l’instar des fauteuils des jurés, forme un doigt d’honneur à l’anglaise.

** Dans une des pauses pub suivantes, on aura droit à un spot de RFM qui prétend diffuser tous les styles de musique ; c’est vrai que la techno, la house, le rap, le métal, le punk sont souvent diffusés sur la radio middle-of-the-road de Lagardère ; bande de cons.

*** « Caroline »  de MC Solaar, très belle chanson au texte impeccable, avait subi la semaine précédente un ignoble outrage : les deux candidats qui l’ont chanté n’ont récité que deux couplets sur huit (brisant ainsi toute le développement narratif) et psalmodiant trois fois le refrain pour meubler. Une honte.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s