Critique : Audio, Video, Disco (Justice, LP, 2011)

Avant-propos : J’exhume de mes archives perso, après (rapide) relecture, cette critique, qui date il y a un an et demi environ, parce que je l’estime suffisamment chiadée pour figurer ici (et parce que j’ai pas trop envie de me casser à refaire une critique sur cet album, bien que je l’aime beaucoup (Justice est un de mes groupes favoris) ; j’ai une réputation de feignasse à tenir, moi ! ^^). J’espère qu’elle ne fera pas trop anachronique et que vous prendrez du plaisir à la lire (non pas ce plaisir-là, plutôt celui qui ne laisse pas des traces sur les doigts, m’voyez …).

Justice-avd

Après le succès colossal du premier album, , porté par des chansons lourdes et agressives (« Tthhee Ppaarrttyy » et le tubesque « D.A.N.C.E. » exceptés) mitraillées de breaks brutaux et de riffs qui défouraillent en-veux-tu-en-voilà, ce n’est pas peu dire Justice était attendu comme le messie (à cause de la croix ?) sur ce deuxième opus. Ah … cette fameuse théorie du deuxième album sur laquelle ont ergoté nombre de rock critics … Que faire pour les groupes ? Rester dans le même registre, quitte à tomber dans l’écueil de la redite (l’exemple type : The xx) ? Ou changer radicalement le propos, au risque de perturber les auditeurs (à l’instar des excellents MGMT et de leur merveille Congratulations) ?

La durée de gestation de cette seconde livraison est aussi en cause dans l’impatience suscitée par cette dernière : quatre ans le séparent de , une olympiade entière, d’où peut-être les anneaux olympiques présents sur la pochette du single  »Audio, Video, Disco ». Certes, durant ce laps chronologique, le tandem Augé/de Rosnay a sorti de beaux remixes (dont celui de « Electric Feel » de MGMT, qui leur a valu un Grammy Award), un CD-DVD documentaire live (A Cross the Universe, en 2008) ainsi que les dix-huit minutes splendides de « Planisphere ». Mais pas de quoi rassasier la fanbase impatiente. On n’est pas dans le délai séparant les troisième et quatrième albums de Daft Punk, mais quand même, l’attente était forte avant cet Audio, Video, Disco.

Mais venons-en au disque à proprement parler.

Audio, Video, Disco, un slogan que pourraient reprendre bien des ados et des vingtenaires Youtube natives. J’entends, je vois, j’apprends ; à l’heure où Internet permet d’accéder en quelques clics à tous les passés éclatés, à toutes les facettes du grand diamant pop, quelle formule plus idoine pour synthétiser la reconfiguration permanente de nos esprits que la Toile offre en déversant sur nos écrans d’ordi des galaxies d’informations en quantités infinies, chacun y élisant sa propre mythologie référentielle.

Une mythologie qu’utilise Justice dès la pochette. Une pochette, dépourvue du nom du groupe ni de l’album, oscillant entre un hommage au Who’s Next des Who (après le clin d’œil appuyé au cover art d’Electric Warrior signé T.Rex sur ) et Stonehenge (d’ailleurs, si Pink Floyd a délivré en 1971 un célébrissime concert sans public à Pompéi, je verrais bien Justice faire de même avec cet Audio, Video, Disco près des mégalithes de Stonehenge …).

Mais les hommages ne se limitent pas au graphisme. Dans les douze titres qui composent la tracklist, le duo star de l’électro française convoque un peloton de références kitsch, hard-rock 80’s et rock progressif FM en tête (inutile de tous les name-dropper, ce serait trop long), mâtinées de rythmiques martiales médiéval-friendly qui confère aux morceaux ainsi concoctés une patine d’hymnes pour un péplum de science-fiction, à la fois grandiloquents, héroïques (-fantasy) et jouant avec les codes du genre (voir à cet effet le clip de « New Lands ») avec des boucles harangueuses à souhait louvoyant au gré du songwriting, plus poussé que sur le premier opus.

A l’instar de , Audio, Video, Disco démarre pied au plancher. Quand « Genesis » convoquait Dark Vador en capitaine du vaisseau nimbé d’or glissant dans la nuit aux étoiles noires, « Horsepower » lance cette galette sur des accents guerriers et ambitieux de Vikings mélodiques pop parés à l’assaut. A l’assaut de quoi, me direz-vous ? De la civilisation, rien de moins, dès le deuxième titre.

Mais si voulait en découdre, barbare, sous les spotlights, Audio, Video, Disco se fait le chantre d’une élévation electro épique, soundtracker d’une geste arthurienne revisitée. Il y a plus de chants – mais toujours une préférence pour les voix masculines hautes perchées (sinon perchées tout court ?) –, des ruptures instrumentales étonnantes et surtout une inédite apparition de chœurs aériens qui font monter le tout façon crème fouettée.

Un album avec moins de bruit et de turbines sursaturées mais plus de mélodies pop, d’émotions et de songwriting, un album moins frontal mais plus maximaliste dans ses évocations, un album moins nocturne mais plus lumineux, du Tolkien passé au filtre electro d’un stadium rock chevelu, revu et corrigé. Recycler le « mauvais goût » d’antan pour en faire le miel d’aujourd’hui, voilà le pari (ici réussi) de Justice, qui aura divisé un auditoire en partie dérouté par les nouvelles sonorités du duo.

On regrettera juste, moi en tout cas, qu’il n’y ait pas de morceau king size à l’égal de  »Planisphere », lequel a montré qu’ils étaient capables de produire de ces compositions hors format qui vous font sortir des carcans temporels (ainsi de Pink Floyd, dont les meilleurs titres sont souvent les plus étendus : « Shine on You Crazy Diamond », « Echoes », « Dogs », etc.). Ici, aucune chanson ne dépasse les cinq minutes. Mais cette déception relative est bien peu comparée aux titres effectivement disponibles.

Après la funk crade, dark et trippante, Justice présente un versant emphatique et audacieux. Avant de s’interroger sur ce que Justice pourra bien nous réserver lors de sa troisième fournée, profitons de ces hymnes rétro-futuristes barrés et baroques, flirtant avec le kitsch pour en extraire le suc quintessentiel qui propulse ces productions dans un monde parallèle mâtiné d’âme guerrière et de mélancolie magnifiée. Quelque chose de beau et d’imposant. De la grandeur mise en son à l’usage de tous. Une fois de plus, rangeons-nous derrière la bannière de (la) Justice.

And still the story goes on’n’on …

Justice – Audio, Video, Disco – 2011 – Ed Banger Records

Note : 17/20

Tracklist :

  • Horsepower
  • Civilisation
  • Ohio
  • Canon (Primo)
  • Canon
  • On’n’On
  • Brianvision
  • Parade
  • New Lands
  • Helix
  • Audio, Video, Disco
  • Presence (piste cachée)

Et s’il n’en restait que trois … :  « Civilisation », « Parade » et « Presence ».

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