Stromae aïe aïe (à propos de STROMAE)

Il est partout. Partout partout ? Partout partout partout. Stromae sur les radios FM, Stromae en boîte de nuit, Stromae au supermarché, Stromae dans l’iPod de ta petite sœur (sinon dans le tien), Stromae dans ta tête, Stromae chez Michel Drucker, Stromae en une des Inrockuptibles, Stromae aux Victoires de la Mouisique (où, à n’en pas douter, il recevra une semi-remorque de récompenses), Stromae dans le Top iTunes, Stromae adulé à la fois par Télérama et Télé 7 Jours, playlisté par Le Mouv’ et NRJ. Faut-il se réjouir d’une telle euphorie ? Non, bien sûr que non, dussé-je m’exposer aux foudres de la vindicte populaire*. Pourquoi ? Attendez, ne soyez pas si impatients, j’y viens, j’y viens …

A la différence d’un Daft Punk qui a réalisé un sorte de concorde mainstream de bon aloi APRÈS avoir engendré des albums clivants mais terrassants (les happy fews qui ont aimé et ne connaissent de Daft Punk que « Get Lucky », écoutez Homework, ça va vous changer !), Paul Van Haver, aka Stromae, a réussi à créer une unanimité incroyable autour de lui sans avoir fait grand-chose avant ; inutile de se voiler la face telle une musulmane intégriste : excepté le single « Alors on danse », quelqu’un avait-il entendu vraiment parler de son album Cheese et/ou des chansons** qu’il contient ?

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Stromae a vendu 1,5 millions d’albums de Racine Carrée.

Le vrai problème avec Stromae, c’est qu’il n’a aucun intérêt, aucune profondeur où aller creuser. C’est le rappeur que même ta grand-mère aime. Il est BCBG (rien à voir avec le CBGB …), produit de la multiculturalité, aimant la langue française et la famille, un mec au look inoffensif de geek facétieux sorti d’une pub pour baume d’après-rasage, avenant, gentil, sage, obamaesque, sympa sans doute. Sauf que. La musique n’est pas un concours de celui à qui sera le meilleur gendre idéal, l’apôtre de la consensualité. Ou bien Lou Reed, Oasis, Billy Corgan, Marc Bolan, Iggy Pop, Bowie, et bien d’autres encore, n’auraient aucun droit de cité (on n’aurait pas trop eu de regrets pour Oasis …). Mais revenons à notre ami Stromae. Il est lisse, parfait pour l’achalandage dans les Fnac et l’exposition télévisuelle, parfait comme produit, mais en tant qu’artiste, avec des rugosités, des ambitions, des prétentions, il n’y a plus personne.

Son rap-dance-variété immédiatement ingérable se situe à la jonction parfaite des beaufs et des hypes. Les hypes croient se réconcilier avec les masses ; les masses se trouvent un illusoire moyen de capter des miettes de branchitude. Tout le monde est gagnant. Tout le monde se rue dessus : Racine Carrée s’écoule à plus d’1,2 millions d’exemplaires en France. L’entropie favorise l’exagération. Voilà Stromae qualifié d’« artiste génial », de « sauveur de l’industrie du disque », de « nouveau Brel » …

Brel, que Rhume déglingue dans son réquisitoire anti-vaches sacrées de la variété francophone, « BBF Expulsés » : « Et l’âne bègue, l’âne belge … Marcel a froid parce qu’il est mort. Tu veux des nouvelles ? Après un gros Alzheimer, Madeleine se chie dessus. Ce sont tes enfants qui la changent. Alors là, bravo. … A un moment ou un autre, la langue que je parle sera une langue morte. »

Brel. Référence poussiéreuse. Et hors-de-propos, comme le prouve ce graphique.

  stromae-brel-graph

Sondage réalisé sur un échantillon absolument pas représentatif d’une personne, réalisé par métacognition intrapersonnelle cinq minutes avant de commencer à pisser de la copie dans un violon rédiger cet article.

Hormis sa nationalité (belge) et son domaine d’expression (la chanson), Stromae n’a rien en commun avec Jacques Brel. Brel est un expressionniste de la chanson francophone (il chante moins qu’il ne narre et ne joue), il n’a rien de pop. Et surtout, quand bien même ce ne serait pas votre came sonore (c’est mon cas), il est criant d’évidence, criant à en faire éclater vos tympans, que Brel écrivait cent mille fois mieux que la brêle Stromae et ses rimes indigentes (formidable/fort minable : ce jeu de mot à la manque, vraiment ? Qui plus est pompé sur « For Me, Formidable » d’Aznavour, bonjour la deuxième source d’inspiration pulvérulente …)

Certes, la pop ne doit pas se réduire à des paroles, bien ou mal écrites. Certes, même les Beatles ont eu, surtout à leurs débuts, des lyrics niaises et limitées qui pourraient passer pour des extraits de méthodes Assimil (« She Loves You », « Love Me Do », « Hello, Goodbye » …), et des guirlandes de filles qui, je pense, n’entravaient pas grand-chose à la musique en elle-même. Mais ils étaient novateurs, créaient des chansons incroyables, qui s’écoutent aujourd’hui avec le même plaisir non dissimulé. Alors que Stromae, même bardé de sa multi-rotation massive sur les ondes, n’obtiendra sans doute qu’une postérité et une légitimité musicales aussi grandes que celles qu’ont aujourd’hui Yelle, Diam’s ou MC Hammer, avec la lourdaude « Papaoutai » (où c’est l’auditeur qui est l’empapaouté), la diatribe en toc « Formidable » (avec son clip de biture fake créé pour appâter le buzz ; il n’est même pas capable de vraiment se mettre une mine) ou « Tous les Mêmes » au gimmick de cuivres tapageur et au clip s’en allant piquer des idées à Sim. Je ne parle même pas d’« AVF », où Stromae invite en featuring Maître Gims, le demeuré homophobe aux 2,8 millions de fans sur Facebook (bordel, c’est 800 000 de plus qu’Arcade Fire !) : no comment.

Référence musicale absolue d’un public que la musique n’intéresse pas (les mêmes qui vont écouter Fun Radio, Sébastien Patoche, Zaz ou Martin Garrix l’instant d’après), consacré par tous au-delà des clivages traditionnels de goût, Stromae, dont je ne critique pas l’intelligence*** ou la personne mais seulement la musique et les réactions d’enthousiasme exacerbé (et injustifié) afférentes, ne mérite ni l’excès d’indignité que je lui fais ni l’excès d’honneur dont on l’a lauré ; son disque est pas mal pour de la variété francophone, médiocre si on le sort de ce domaine pour le considérer dans un ensemble musical plus vaste. Mais devant les louanges omniprésentes adressées à Racine Carrée, je me dois de jeter le bébé avec l’eau du bain. Histoire qu’il ne puisse plus chanter « Papaoutai ». Stop.

Economie : les trois heures et demie que durera la cérémonie des Victoires « Stromae » de la Musique + un beau mal de crâne quand vous essaierez de faire sortir ces chansons balourdes désormais imprimées dans votre crâne.

______________________

* Car oui, il y a énormément de monde qui consulte ce blog … #MéthodeCoué

** Dont pourtant huit (!) sur douze sont sorties en singles.

*** Accordons-lui quelques bons points pour ses prises de positions louables, comme récuser la comparaison avec Brel ou rejeter la proposition d’intégrer la troupe des Enfoirés.

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6 commentaires

  1. Pas d’accord ! Pour l’album Cheese, comme pour racine carrée, les gens pouvaient le suivre dans ses « Leçons ». C’est d’ailleurs officiellement comme ça que l’on l’a repéré, et qu’il a réapparu.
    Après, que tu n’aimes pas, c’était, disons… prévisible 😉
    Tu manques un peu d’objectivité, car on a fait de Daft Punk LE tube du millénaire rasséréné 2000000 fois par jour pendant 4 mois alors Stromae aurait ‘juste’ sorti l’album du siècle :p

    Pour Brel, la comparaison ne tient pas tant sur qqch de littéral, mais on le considère comme une re-transposition. ‘Si Brel avait été contemporain, il y aurait eu des chances qu’il n’ait pas chanté dans sa gamme sonore, mais dans quelque chose qui pourrait se rapprocher de la musique d’aujourd’hui’. Et je les trouve comparables dans la recherche de la rime (je ne dirai jamais que Stromae est aussi riche) et la posture désabusée.

    Pour finir, je dois dire que c’est extrêmement bien écrit, et que c’est toujours un plaisir de te lire.
    J’attends ton avis sur Fauve # (truc bizarre comme ça) 🙂 !

    • Certes, mais ces « Leçons », c’est un peu que ce que fait PV Nova actuellement ; pour autant, si celui-ci se lançait dans la musique, avec un vrai album studio, ce n’est pas pour autant que je considèrerai ça comme des références. Attention, je ne dis pas qu’il faille avoir absolument avoir des antécédents pour réussir quelque chose de superbe (il y a foultitude de premiers albums de groupes qui sont géniaux), mais la manière dont on a couronné Stromae sur la foi de ce seul « Racine Carrée » m’a paru quelque peu déplacé : outre la valeur très (très très) discutable de cet album, ça me paraissait anticipé de sortir les superlatifs avec une telle unanimité, de le porter aussi haut aussi vite, de ne presque plus considérer que lui (aux Victoires de la Musique, dans la catégorie chanson de l’année, il est nominé 2 fois sur 4 candidats possibles et dans le clip de l’année, il est présent 2 fois sur 3 finalistes ; au final il a 6 nominations quand derrière lui ceux qui en ont le plus n’en ont que 2 !).

      Daft Punk, puisqu’on en parle, oui on peut être agacé par la surmédiatisation dont ils ont fait l’objet, je le conçois très largement. Mais ils ont été et sont tellement importants artistiquement (j’en reviens à Homework et Discovery) qu’en définitive ce n’est que justice.

      Brel ne considérait que moyennement les Beatles, qui étaient ses géniaux contemporains pop, donc envisager qu’il aurait suivi le même courant artistique que Stromae (une sorte de mix hip-hop/variété/dance) aujourd’hui, c’est beaucoup s’avancer. On n’en sait absolument rien ; on ne peut faire que des suppositions.
      Si Brel avait des textes sans doute désabusés, sa manière de les interpréter (plus que du chant c’était de l’interprétation, du théâtre) était dans l’exaltation. La vérité, c’est que les journalistes se sont retrouvés avec Stromae face à un Belge chantant en français avec des prétentions vaguement poétisantes et naturalisantes et ils ont dégainé la seule référence qui corresponde de près ou de loin à cette description : boum, Brel ! Terminé, rideau. Et ils l’ont répétérépétérépétérépétérépétérépété, jusqu’à ce que ça paraisse vaguement crédible comme comparaison (si ce que j’ai dit ne convainc pas, va voir la critique de « Formidable » de Linksthesun, entre 0:50 et 2:50, ça dit à peu près ce que je viens d’écrire sur 6-7 lignes mais en plus drôle). Mais Stromae a eu cette intelligence et cette lucidité de mettre de côté cette comparaison excessive ; pour prendre un autre domaine, moi qui suit un peu le foot, je t’assure qu’il y a eu un paquet de joueurs français qui ont été qualifiés de « nouveau Zidane » avant de se cramer les ailes : Meghni, Meriem, Gourcuff, Martin, …

      Et pour finir, merci pour le compliment et bonne lecture à venir. 😉

  2. tagazok à toi grand manitou…..
    j’suis assez d’accord de manière générale et je conchie la musique de supérette. je fais une exception pour notre « ami » d’outre quiévrain qui se révèle être une vraie machine sur scène…
    alors ui c’et plat, ui c’est assez démago, ui c’est un peu fastoche, mais le boulot pour monter une tournée comme la sienne est assez louable.

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