Critique : Dondolisme (Dondolo, LP, 2007)

dondolisme

Vous avez aimé Aline ? Si oui, écoutez Dondolo[1], ne serait-ce que pour la curiosité. Dondolo, c’est l’ancien projet de Romain Guerret, le leader et chanteur d’Aline. Un peu plus électronique, « synthé pouet-pouet » et transgénique mais aussi mélodique que Regarde le Ciel. Dondolo a sorti deux albums, Dondolisme (en 2007) et Une Vie de Plaisir dans un Monde Nouveau (en 2010).

J’ai trouvé Dondolisme en CD, par hasard, dans les bacs d’un disquaire. Je l’ai acheté, curieux de savoir à quoi pouvait bien ressembler le prédécesseur du groupe qui a produit l’un de mes albums préférés de l’année dernière, le Regarde le Ciel précédemment cité.

Alors voilà … Il ne faudra pas tenter de faire une analyse philosophique des paroles, qui tendent parfois à avoir la tremblante du mouton (c’est patent sur la comptine naïve « J’ai deux amours » mais pas que), ni traquer le name-dropping upgradant (parce que Gotainer et Alain Souchon, voilà quoi …), mais les mélodies éclatantes (intensité + pétillement), au tip-top de la pop, amènent tout ça vers le haut, transcendant ces faiblesses qu’on pourrait supposer.

Dondolisme est un album qui longtemps semble ne concevoir la vie que sous un mode binaire, entre insouciance enfantine et désenchantement adulte. L’adolescence, cette période des métamorphoses et des questionnements, est éludée ; elle n’existe pas. Seuls demeurent deux territoires opposés comme soleil et grisaille, joie et regret, entre lesquels des points de convergence, d’interpénétration, apparaissent au fil des morceaux par l’entremise d’une voix juvénile en écho, d’une naïveté dans le texte, d’un borborygme électro loufoque, d’un vocoder volontairement rétro-caricatural. « J’ai deux amours », « Flying Hervé Perrin » (qui donne à voir Daft Punk lorsqu’ils étaient au CP), « L’amithomane » sous influence de l’ami cahouète Gainsbourg mangé par Philippe Katerine : l’enfance a nettement la main sur l’âge adulte, sur le « Chanteur à succès » déphasé (l’homme sur la pochette ?) lorgnant sur le Beau Bizarre, sur « La ligne du temps » le long de laquelle Guerret se promène en quête d’attention. L’âge adulte est sans pitié. Dondolo, c’est un homme qui veut rester amarré dans l’enfance, un Détective Conan inversé, un Daho (la voix de Guerret y fait penser sur certaines inflexions) électro-puéril, un dandy Bontempi, un esthète Playskool. La jolie « Zarte Melody »[2] explicite et marque la fin de cet espace où les deux âges se confortent, se confrontent, se confondent à coups de confidences.

Après cette huitième piste, l’album se fait plus « commun ». Restent alors quatre chansons : deux remarquables, deux faibles. On conservera la meilleure chanson de l’album (malgré un sujet pourtant scabreux), la réjouissante « Le Jour d’Après » précurseur d’Aline avec ses mélodies claires et ses textes littéraux, ainsi que « Let Your Daddy Sleep » qui ne déparerait pas sur L’Incroyable Vérité de Tellier (Sébastien, pas Sylvie, bande de ramollis du bulbe !) ou au côté d’un François de Roubaix. On passera en revanche sur les deux derniers morceaux, moins bons et, à mon sens, importuns ; que ce soit « A Question of Will » qui, malgré une rythmique implacable, tourne en rond sur la piste de décollage sans hélas jamais prendre son envol (il s’en faudrait de peu, pourtant, dommage) ou « Le mystère reste entier », un instrumental un poil plus chiant que beau, et son corollaire dissimulé (la partie vocale du « Jour d’Après » ralentie à outrance), qui lui aurait VRAIMENT mieux fait de rester caché.

Cependant, malgré ces deux (trois en comptant la hidden track) morceaux finaux un brin décevant, n’en gardons pas moins à l’esprit que Dondolisme est un chouette album, frais, immédiat, ludique, pop, qui ne se prend pas au sérieux mais qui nous conduit à LE prendre au sérieux. Un album espiègle qui ne se prend pas la tête mais qui reste dans la vôtre.

« Ein zarte album », qu’ils diraient, les concitoyens de Nico.

Dondolo – Dondolisme – 2007 – La Bulle Sonore

Note : 15/20

Tracklist :

Et s’il n’en restait que trois … : « Le Jour d’Après », « Flying Hervé Perrin », « Zarte Melody »

___________________

[1] Attention, anecdote perso : la première fois que je suis tombé sur ce nom-là – Dondolo – celui-ci me paraissait étrangement familier. Je me suis aperçu que c’était parce que Dondolo ressemble à s’y méprendre à Gondolo, une vieille marque de biscuits (devenue depuis Belin), qui ornait une camionnette publicitaire miniature bleue, que j’ai eu (et que je n’ai plus).
[2] Dont l’intitulé s’inspire de celui d’un … épisode de Derrick.
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1 commentaire

  1. J’ai découvert cet album il y a quelques semaines et je l’écoute en boucle, je suis assez d’accord avec ton interprétation, les lyrics apparemment idiots dont plus poétiques qu’il n’y parait, souvent très drôles mais aussi parfois emprunts d’une nostalgie troublante… Une petite perle de synthpop méconnue, ce disque…

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